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Élan
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Communication

Esprit critique & fake news

Fausses images, rumeurs virales, pubs déguisées, deepfakes : tu croises des infox tous les jours, souvent sans le savoir. Ce n’est pas une question d’intelligence — c’est une question de réflexes. Dans ce cours, tu vas comprendre pourquoi ton cerveau tombe dans le panneau, apprendre à vérifier une info en quelques minutes, repérer la pub qui ne dit pas son nom, et construire ta propre façon de t’informer sans te faire manipuler.

Adapter à ton niveau

~20 min5 chapitresNiveau terminale

À la fin de ce cours, tu sauras

  • repérer les biais que les infox exploitent, et la question qui les désamorce : à qui profite le clic ?
  • vérifier une info vite et bien, avec les quatre réflexes et la lecture latérale des professionnels
  • garder ton sang-froid face à l’IA générative : hallucinations, deepfakes, voix clonées ne sont plus des preuves
  • comprendre ta bulle de filtre et la manipulation à grande échelle, à l’approche de ton premier vote
  • te construire un menu d’info fiable et éviter le piège du doute total

Sources de ce cours

Pourquoi ton cerveau gobe — et à qui ça profite

Avant de te méfier des infox, il faut te méfier de toi. Pas parce que tu es crédule — parce que ton cerveau est câblé pour aller vite, pas pour vérifier. Et à ton âge, les enjeux montent d’un cran : un choix Parcoursup, un premier vote qui approche, des contrats que tu pourras bientôt signer seul (la pleine capacité juridique s’acquiert à 18 ans). Se tromper d’info ne coûte plus seulement une bêtise en soirée : ça peut orienter une décision réelle.

Ton cerveau traite un flux continu de messages, de stories, de titres, de vidéos. Impossible de tout analyser en profondeur. Alors il prend des raccourcis — des heuristiques — et la plupart te rendent service ; mais dans certains contextes, ils produisent des biais cognitifs, des erreurs de jugement systématiques. Une partie des fausses infos exploitent ces biais délibérément : c’est la désinformation, fabriquée sur mesure pour ça. Une désinformation efficace n’est pas mal écrite avec des fautes partout ; elle est conçue pour être crue et partagée. Mais une fausse info peut aussi naître sans intention de tromper — une blague, un malentendu : c’est la mésinformation. Le résultat se ressemble, et les réflexes pour s’en protéger aussi.

Élio t’explique

Retiens l’idée-clé de tout ce cours : une info n’a pas besoin d’être vraie pour se propager, juste d’être partageable. Choquante, indignante, ou qui te donne raison — et elle voyage plus vite qu’un démenti.

Trois leviers font le gros du travail. Le biais de confirmation d’abord : tu crois plus facilement ce qui va dans le sens de ce que tu penses déjà. Même absence de preuve, deux personnes aux avis opposés en tirent deux conclusions opposées. L’émotion ensuite : colère, peur, indignation court-circuitent la réflexion — des chercheurs du MIT ont observé sur Twitter (2006-2017) que certains contenus faux se sont propagés vite — mais le lien est complexe (corrélation, pas causalité), et cette observation ne se généralise pas à tous les réseaux. La répétition enfin : plus tu croises une affirmation, plus elle te paraît vraie — c’est l’effet de vérité illusoire. Dix personnes qui répètent la même erreur, ça reste une erreur, mais ça finit par sonner comme un fait.

S’y ajoute la preuve sociale — « autant de likes, ça ne peut pas être faux » — alors que les compteurs mesurent la circulation, pas la fiabilité, et qu’ils s’achètent par paquets. Et le piège ultime : croire que tout ça ne concerne que les autres. Ça porte un nom, la tache aveugle aux biais. Les gens les plus durs à manipuler ne sont pas ceux qui se croient immunisés : ce sont ceux qui savent qu’ils ne le sont pas, et qui gardent une petite alarme allumée.

Exemple — Sarah et la rumeur Parcoursup

Sarah, en terminale, hésite déjà sur ses vœux. Un soir, un message tourne dans le groupe de la classe : « Paraît que telle licence ne prend plus que les mentions Très Bien cette année, inutile de postuler sans. » Pas de lien officiel, juste la capture d’un forum. Mais Sarah doute d’elle depuis des mois — l’info colle pile à sa petite voix « de toute façon je n’ai pas le niveau ». Elle retire le vœu.

Deux semaines plus tard, sa prof principale rétablit les faits : cette rumeur ne venait d’aucune source officielle, les critères réels de chaque formation sont publiés sur la plateforme, et le même bruit ressortait d’une année sur l’autre, faux à chaque fois. Sarah n’est pas naïve. Elle a cru une info qui confirmait ce qu’elle craignait déjà. C’est ça, le biais de confirmation : il ne piège pas les crédules, il piège nos angoisses.

Les portes d’entrée des infox — et la question qui les referme

  • Le biais de confirmation : plus une info te donne raison, plus tu dois te méfier de ta propre réaction.
  • L’émotion forte : colère, peur, indignation, émerveillement. Une info qui te fait réagir tout de suite est une info à vérifier avant de partager.
  • La répétition et les compteurs : croiser une affirmation partout, ou sous des milliers de likes, prouve qu’elle circule, pas qu’elle est vraie.
  • La question qui referme tout : « à qui profite le clic ? » Qui gagne de l’argent si j’y crois, qui gagne du pouvoir si je m’indigne ?

Quiz

Une info te met en colère et confirme exactement ce que tu penses déjà. Que devrait déclencher cette double sensation ?

L’astuce d’Élio

Mon détecteur perso : quand une info me donne trop raison ou me met trop en colère, je me dis « tiens, on cherche peut-être à me faire réagir ». Ça ne prouve pas que c’est faux — ça me rappelle juste de vérifier avant de partager.

Vérifier comme les pros : la lecture latérale

Tu n’as pas besoin d’être journaliste pour vérifier une info : quatre réflexes couvrent la grande majorité des cas, et chacun prend moins de deux minutes. La source (qui le dit ?), la date (de quand ?), le croisement (qui d’autre le dit ?), l’image inversée (d’où vient cette photo ?). Tu ne les appliques pas à tout — personne ne le pourrait — mais à deux moments précis : quand tu vas partager une info, et quand une info va changer ce que tu penses ou ce que tu fais.

Les 4 réflexes de vérification

  • La source : remonte à qui a publié en premier, pas à qui repartage. Une capture d’écran n’est pas une source — c’est une image, et une image se fabrique en deux minutes.
  • La date : une vraie photo de 2019 recyclée pour un événement d’aujourd’hui devient une fausse info. Vérifie la date d’origine, pas celle du repost.
  • Le croisement : dix comptes qui repartagent le même post, ce n’est pas dix sources, c’est une source copiée dix fois. Cherche des médias différents qui ont vérifié chacun de leur côté.
  • L’image inversée : appui long sur la photo, « rechercher avec Google Lens » (ou TinEye), et tu vois où et quand elle est déjà apparue.

Un cran au-dessus, il y a la technique des vrais vérificateurs — et c’est aussi celle qui te servira pour tes recherches, ton grand oral, tes dissertations. Devant un site ou un compte inconnu, l’erreur classique est de rester dessus pour le juger : on regarde le logo, la mise en page, le ton « sérieux », et on se laisse convaincre par l’emballage. Or n’importe qui peut s’offrir un beau logo et un nom qui sonne comme un journal.

La bonne méthode s’appelle la lecture latérale : tu ouvres un autre onglet et tu vas chercher ailleurs *qui* se cache derrière. Tape son nom dans un moteur de recherche, regarde sa page Wikipédia, vois qui en parle et sur quel ton. Des chercheurs de Stanford (Sam Wineburg et Sarah McGrew) ont comparé des professionnels du fact-checking à des internautes ordinaires : les pros ne lisent presque jamais la page suspecte en entier, ils la quittent aussitôt pour enquêter dessus depuis l’extérieur. Reste *dans* la page, tu vois ce qu’elle veut te montrer ; sors-en, tu vois ce qu’elle est.

Figure

Vérifier assez, sans y passer la nuit

  • Courbe conceptuelle : Certitude gagnée en fonction de Temps passé à vérifier. Les 4 réflexes : l’essentiel en quelques minutes. Au-delà, chaque minute rapporte de moins en moins.

Comment lire : Schéma de principe : les premières vérifications (la source, la date, un croisement) t’apportent beaucoup de certitude très vite ; ensuite, chaque minute en plus en apporte de moins en moins. Le but n’est pas la certitude absolue, mais un niveau de confiance proportionné à l’enjeu.

Exemple — Yacine et le graphique du grand oral

Yacine, en terminale, prépare son grand oral. Il tombe sur un graphique spectaculaire qui appuie pile son argument, publié par un « institut » au nom très sérieux. Tentant de le reproduire sur le support papier qu’il prépare pour l’épreuve — au Grand oral, aucun diaporama n’est projeté, seul un support écrit préparé pendant le temps de préparation peut t’accompagner.

Avant, il fait une lecture latérale : nouvel onglet, il tape le nom de l’« institut ». En deux minutes, le tableau se dessine — pas de page Wikipédia, un site créé quelques mois plus tôt, aucun média reconnu qui le cite, et un graphique dont les chiffres ne sont confirmés par aucune source officielle. Yacine le retire. Non parce que la conclusion lui déplaît — au contraire — mais parce qu’un argument bâti sur une source fantôme s’effondre à la première question du jury. L’esprit critique, pour un grand oral, ce n’est pas un supplément d’âme : c’est ce qui rend un argument solide.

L’astuce d’Élio

Avant de citer un chiffre ou une étude — dans un exposé, un débat, un post — remonte à la source primaire : l’étude elle-même, le rapport, la vidéo entière du discours. Un résumé peut déformer sans mentir, juste en coupant une phrase ou un « peut-être » ; mais l’original a lui aussi ses limites, alors croise-le si possible avec une source indépendante.

Quiz

Un site que tu ne connais pas affirme quelque chose d’énorme. Quel est le réflexe des vrais vérificateurs ?

À toi de jouer — Ton enquête express de la semaine

Choisis une info surprenante croisée cette semaine sur ton fil — une rumeur, une image choc, un « scandale », un chiffre spectaculaire. Applique les réflexes dans l’ordre : 1) qui l’a publiée en premier ? 2) de quand date-t-elle vraiment ? 3) AFP Factuel, Les Décodeurs (Le Monde), CheckNews (Libération) ou Vrai ou Faux (franceinfo) en ont-ils parlé ? 4) si c’est une image, fais une recherche inversée. Bonus lecture latérale : si la source t’est inconnue, ouvre un onglet et cherche qui elle est. Note ton verdict en une phrase : vrai, faux, sorti de son contexte, ou impossible à trancher. Les quatre sont des réponses valables — surtout la dernière.

Quand la source, c’est une IA

La vérité, c’est qu’une photo n’a jamais vraiment été une preuve incontestable. La manipulation photographique existe depuis le XIXe siècle : des portraits retouchés, des scènes composées avec plusieurs clichés, des personnages « éliminés » d’une image pour des raisons politiques. Ce qui a changé, c’est que ça demandait du temps, de l’équipement, des compétences.

L’IA générative rend cette manipulation instantanée et accessible à tous. Aujourd’hui, tu peux créer des images photoréalistes de scènes qui n’ont jamais existé, des vidéos où quelqu’un dit des mots qu’il n’a jamais prononcés (les deepfakes), et des voix clonées à partir de quelques secondes d’enregistrement, en quelques minutes, presque sans compétence.

Et il y a un piège plus quotidien pour toi : tu utilises probablement un agent conversationnel (ChatGPT et les autres) pour réviser, résumer, parfois t’informer. Or ces outils ne sont pas des moteurs de vérité : ce sont des machines à produire du texte *plausible*. Certains savent citer leurs sources ou signaler une incertitude, mais quand ils ne savent pas, il arrive qu’ils n’hésitent pas et inventent avec aplomb. On appelle ça une hallucination : une information fausse ou non étayée, produite parfois avec la même assurance qu’une réponse fiable.

Exemple — Camille et la citation fantôme

Camille, en terminale, rédige une dissertation et demande à une IA « trois citations de philosophes sur la vérité, avec les références exactes ». La réponse est magnifique : trois citations élégantes, chacune attribuée à un auteur célèbre, avec titre d’ouvrage et année.

Par acquit de conscience, elle en vérifie une sur un moteur de recherche. Introuvable. La deuxième aussi. L’IA n’avait pas menti au sens humain — elle avait produit ce à quoi une vraie citation *ressemble* : le bon style, le bon nom, une référence crédible… mais inexistante. Camille a évité de justesse de mettre une citation fantôme dans sa copie. Depuis, sa règle est simple : une IA peut l’aider à réfléchir, jamais à sourcer. Pour une source, elle va la vérifier ailleurs.

Élio te met en garde

Un agent conversationnel qui te donne une source, une date, une citation ou un chiffre, c’est comme un ami très sûr de lui qui déteste dire « je ne sais pas ». Même quand il cite ses sources, ouvre-les : vérifie qu’elles existent vraiment et qu’elles disent bien ça.

Repérer une image générée par IA (avec prudence)

  • Le texte dans l’image : enseignes, panneaux, écritures souvent illisibles ou incohérentes, comme des lettres inventées.
  • Les détails d’arrière-plan : visages déformés dans la foule, objets qui fusionnent, reflets et ombres impossibles.
  • La texture « trop parfaite » : peau lissée, lumière de studio partout, aspect légèrement plastique.
  • Les mains : longtemps le point faible des IA, aujourd’hui souvent corrigé — donc ce n’est plus un test fiable à lui seul.
  • Le plus important : ces indices se périment vite, chaque génération d’IA efface les défauts de la précédente. Ne fonde jamais ta conviction sur la seule image.

Alors comment faire, si l’œil ne suffit plus ? On revient aux quatre réflexes du chapitre précédent. Devant une image ou une vidéo spectaculaire, la vraie question n’est pas « est-ce que je vois un défaut ? » mais : qui l’a publiée en premier ? Quand ? D’autres sources fiables la montrent-elles ? Un événement réel majeur est presque toujours couvert par plusieurs médias, sous plusieurs angles. Une scène énorme dont il n’existe qu’une seule image, sur un seul compte : signal d’alarme fort, mais pas une preuve absolue — un événement local ou peu couvert peut rester réel sans reprise immédiate.

Même logique pour les voix et vidéos truquées. Des arnaqueurs clonent déjà des voix pour se faire passer pour un proche en détresse, et de faux enregistrements de personnalités circulent, notamment en période électorale. Le réflexe : ne jamais agir dans l’urgence sur la seule foi d’un audio ou d’une vidéo. Des plateformes affichent désormais des étiquettes « contenu généré par IA », et des systèmes de marquage sont en cours de déploiement — utile, mais imparfait : ces étiquettes reposent souvent sur la déclaration du créateur, et une image sans étiquette n’est pas pour autant certifiée authentique. Tes quatre réflexes, eux, vérifient le contexte — un faux contexte peut lui aussi être fabriqué, donc cherche des sources indépendantes, une provenance et des traces antérieures vérifiables, pas seulement les pixels.

Figure

Une réponse d’IA, avant d’y croire ou de la citer

  1. Rappelle-toi qu’un agent conversationnel produit du texte plausible, pas des faits garantis.
  2. Repère ce qui engage un fait : une source, une date, une citation, un chiffre, un nom propre.
  3. Ouvre l’original cité — l’étude, l’article, la page officielle — et vérifie qu’il existe vraiment.
  4. Vérifie qu’il dit bien ce que l’IA affirme, sans coupure ni déformation.
  5. Pas de source vérifiable ? Traite l’affirmation comme une hypothèse, pas comme un fait.

Comment lire : Cinq gestes pour transformer une réponse impressionnante en information fiable — ou pour la déclasser en simple hypothèse.

Quiz

Tu demandes à une IA conversationnelle une info précise avec sa source, et elle répond par une citation et une référence très crédibles. Que faire ?

L’astuce d’Élio

Contre les voix clonées : convenez d’un mot de passe connu de ta famille et de toi seuls. Si on t’appelle en urgence pour de l’argent ou un service bizarre, tu demandes le mot : une voix clonée par IA ne devrait pas le connaître, tant qu’il reste secret. Et même si on te le donne, dans le doute, tu raccroches et tu rappelles sur le vrai numéro avant toute action.

Ta bulle, ta colère, et ceux qui les exploitent

Même si chaque info que tu voyais était vraie, ta vision du monde pourrait rester déformée — par ce qu’on ne te montre pas. Ton fil TikTok, Instagram ou YouTube n’est pas une fenêtre sur le monde : c’est une sélection calculée par un algorithme de recommandation, dont l’objectif premier n’est ni de t’informer ni de te dire systématiquement le vrai, mais surtout de te garder engagé le plus longtemps possible sur l’appli — parce que ton attention est en grande partie ce que la plateforme vend aux annonceurs, même si certaines affichent aussi viser ta satisfaction ou la diversité.

Résultat : ton fil devient souvent un miroir. Il te sert ce que tu aimes déjà, ce qui te fait réagir, ce qui ressemble à ce que tu as déjà regardé. L’essayiste américain Eli Pariser a appelé ça la bulle de filtre : un environnement d’information sur mesure, où tes propres goûts finissent par te servir de murs. Cet effet n’est ni automatique ni identique pour tout le monde — il dépend de la plateforme et de tes usages —, mais le risque, lui, est documenté.

Élio t’explique

La bulle de filtre, c’est ce que l’algorithme te sert. Sa cousine, la chambre d’écho, c’est quand tu ne fréquentes plus que des gens d’accord avec toi : tes idées te reviennent en boucle, renvoyées comme un écho, et faute de contradiction elles finissent par te sembler évidentes — puis un peu plus radicales à chaque tour.

Deux mécanismes rendent ça vraiment problématique pour l’esprit critique. D’abord, l’algorithme a une préférence structurelle pour ce qui fait réagir : l’indignation et le clash retiennent mieux l’attention que la nuance. Certains l’ont compris et fabriquent exprès des contenus pour te faire enrager — le *rage bait*, l’« appât à colère ». Le titre outrancier, l’avis volontairement scandaleux, la phrase sortie de son contexte : ce ne sont pas des dérapages, ce sont des hameçons. Quand un contenu semble taillé pour te mettre hors de toi, le meilleur geste anti-algorithme est de ne pas mordre.

Ensuite, à l’échelle d’un pays, ces mécanismes deviennent une arme. Des campagnes de désinformation coordonnées — parfois financées par des États étrangers — utilisent des réseaux de faux comptes pour faire monter artificiellement un sujet, imiter un mouvement d’opinion, salir un camp, surtout autour des élections. Et ça te concerne directement : ton premier vote approche. S’informer, ce n’est plus un exercice scolaire — c’est décider en connaissance de cause, plutôt qu’au gré de ce qu’un algorithme, ou une officine, a choisi de te pousser.

Exemple — Yanis, Emma et les deux réalités

À l’approche d’un scrutin, Yanis et Emma, tous deux en terminale, discutent d’une « polémique » qui, jurent-ils, « fait l’unanimité ». Sauf que pas la même. Yanis : « Tout le monde est scandalisé, mon fil ne parle que de ça. » Emma, sincèrement surprise : « Bizarre, moi je vois surtout des gens qui trouvent que c’est monté en épingle. »

Ils comparent leurs téléphones : même appli, même sujet, deux fils opposés. Celui de Yanis enchaîne les vidéos indignées ; celui d’Emma, celles qui relativisent. Chacun était persuadé de voir « ce que tout le monde pense » — en réalité, ce que l’algorithme avait appris à lui servir. Aucun des deux fils ne mentait techniquement. Mais aucun ne montrait le paysage entier. À quelques semaines de glisser un bulletin dans l’urne, ce détail n’en est pas un.

Aérer sa bulle : quatre gestes concrets

  • Suis volontairement des sources sérieuses qui ne pensent pas comme toi — pas des comptes à clash. C’est inconfortable, c’est le but.
  • Utilise les réglages : « pas intéressé », masquer, se désabonner. L’algorithme apprend de tout — apprends-lui autre chose.
  • Pour les sujets importants, sors du fil : va directement sur le site ou l’appli d’un média, où la hiérarchie de l’info n’est pas taillée pour toi.
  • Pose-toi la question la plus anti-bulle qui soit : « qu’est-ce qu’on ne me montre pas ? »

Quiz

Pourquoi l’algorithme d’un réseau social te montre-t-il certains contenus plutôt que d’autres ?

À toi de jouer — L’audit de ta bulle

Prends cinq minutes pour auditer ton fil principal. Note les dix premiers contenus : sujet, ton (neutre, drôle, indigné, anxiogène ?), source (média identifié, créateur, compte anonyme ?). Puis trois questions : quels sujets reviennent en boucle ? Quelles opinions ne croises-tu jamais ? Qu’est-ce que quelqu’un déduirait de toi rien qu’en voyant ce fil ? Bonus : repère un contenu qui te met en colère et demande-toi honnêtement s’il t’informe ou s’il t’appâte, puis teste trois « pas intéressé » et observe ton fil quelques jours plus tard.

Ton plan d’action : t’informer en citoyen éclairé

Récapitulons. Tu sais pourquoi ton cerveau croit ce qui lui plaît et ce qui le choque. Tu as les réflexes de vérification et la lecture latérale. Tu sais qu’une image n’est plus une preuve et qu’une IA n’est pas une source. Tu as vu ton fil se refermer autour de tes goûts. Reste le plus concret : comment s’informer bien, à 17-18 ans, quand on décide bientôt pour de vrai ?

Pas en supprimant les réseaux — ils font partie de ta vie et on y trouve aussi de l’excellent. L’idée : ne pas laisser l’algorithme composer seul ton menu d’info. Un bon menu, c’est une ou deux sources d’actualité fiables consultées volontairement (le site ou l’appli de franceinfo, du Monde, de l’AFP, un journal télévisé, la radio) ; un ou deux formats pensés pour ton âge (par exemple HugoDécrypte, qui résume l’actualité pour les jeunes, ou les contenus d’Arte) ; et tes réseaux, en connaissance de cause, comme complément. Au lycée, tu peux aussi t’appuyer sur ton professeur documentaliste au CDI et sur les actions d’éducation aux médias du CLEMI.

Ce que tu emportes de ce cours

  • Ton cerveau prend des raccourcis — biais de confirmation, émotion, répétition. Redouble de méfiance quand une info te donne raison ou te fait réagir fort.
  • Les réflexes : la source, la date, le croisement, l’image inversée — et la lecture latérale pour enquêter sur une source depuis l’extérieur.
  • Les fact-checkeurs ont souvent déjà fait le travail : AFP Factuel, Les Décodeurs, CheckNews, Vrai ou Faux de franceinfo.
  • Une image seule n’est plus une preuve ; une IA conversationnelle n’est pas une source. Vérifie le contexte, pas les pixels.
  • Ton fil est un miroir, pas une fenêtre — surtout à l’approche d’un vote. À toi de choisir ton menu, pas à l’algorithme.

Élio t’explique

L’esprit critique, ce n’est pas douter de tout — ça, c’est épuisant et ça finit en « on nous ment sur tout ». C’est une balance, pas un mur : beaucoup de confiance pour ce qui est vérifié, un peu pour ce qui est plausible, zéro pour ce qui joue avec tes émotions.

Un dernier piège, particulièrement tentant quand on aime raisonner : le doute total. À force d’entendre « on nous ment », certains basculent dans le « tout est faux, on ne peut croire personne ». Ça ressemble à de l’esprit critique, c’en est l’exact inverse : celui qui ne croit plus rien ne vérifie plus rien, et finit par gober n’importe quoi pourvu que ça vienne de « sources alternatives ». Le vrai test de fiabilité d’un média, ce n’est pas qu’il ne se trompe jamais — c’est qu’il corrige publiquement ses erreurs. Un doute qui te pousse à vérifier est utile ; un doute qui te dispense de vérifier est une capitulation déguisée.

Et souviens-toi que tu n’es pas seul dans ce jeu : chaque fois que tu vérifies avant de partager, tu protèges les autres. Une chaîne de partage se casse à n’importe quel maillon — sois ce maillon-là. Si tu es ou deviens majeur (18 ans) : tu votes, tu signes tes propres engagements, tu décides de plus en plus seul — ces réflexes ne sont plus un exercice scolaire, ce sont les outils de ton autonomie.

Tes premiers pas — cette semaine

  • Aujourd’hui : ajoute une source d’info fiable sur ton écran d’accueil (franceinfo, Le Monde, ou un format jeune comme HugoDécrypte).
  • Cette semaine : ta première enquête express sur une info douteuse (les réflexes + lecture latérale, chapitre 2).
  • Dans les prochains jours : l’audit de ta bulle, avec trois « pas intéressé » bien placés.
  • Avant chaque source que tu cites (exposé, grand oral, débat) : remonte à l’original et vérifie qu’il existe et dit bien ça.
  • En continu : avant chaque partage d’une info forte, la pause de trente secondes. C’est le geste qui change tout.

Quiz

« De toute façon, tout est manipulé, on ne peut croire aucun média. » Pourquoi cette phrase est-elle un piège plutôt que de l’esprit critique ?

Élio te félicite

Cours terminé ! Tu fais désormais partie des gens qui se demandent « qui le dit ? » avant « c’est dingue, non ? ». À l’approche de tes 18 ans, âge où tu pourras voter, signer et décider seul, peu de choses te rendent plus libre — et plus difficile à manipuler — que ce réflexe-là. À toi de jouer !

Continue ton élan

Cours suivant : Écrire clair (et sans fautes qui brouillent le message)

Un message confus ou truffé de fautes parle à ta place — et il dit rarement du bien de toi. Voici comment écrire pour être compris, et te relire comme un pro.