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Communication

Ton image en ligne : construire, pas subir

Recruteurs, écoles, maîtres de stage : il est devenu banal de taper un nom dans un moteur de recherche avant de dire oui. Ce cours t’apprend à voir ce qu’Internet raconte de toi, à régler tes comptes pour décider qui voit quoi, à utiliser tes droits (droit à l’image, droit à l’effacement), à publier sur les autres sans les trahir — et, si tu en as envie seulement, à construire une présence en ligne qui joue pour toi. Avec un plan précis si un jour une photo ou une rumeur circule.

Adapter à ton niveau

~28 min5 chapitresNiveau 2de

À la fin de ce cours, tu sauras

  • comprendre pourquoi tout ce que tu postes laisse une trace que des recruteurs, écoles ou clubs peuvent retrouver
  • régler tes comptes pour décider qui voit quoi, et faire le tri dans tes vieux profils
  • connaître et utiliser tes droits : droit à l’image, effacement RGPD, seuil des 15 ans
  • publier sur les autres sans leur nuire — et comprendre que relayer, c’est déjà publier
  • avoir un plan précis et les bons contacts (3018, PHAROS) si une photo ou une rumeur circule sur toi

Sources de ce cours

Ta trace est déjà là

Commençons par te rassurer : ce cours ne va pas te dire de tout supprimer et de disparaître d’Internet. Le web fait partie de ta vie, c’est très bien. Mais il y a une réalité que peu de gens regardent en face : tu as déjà une image en ligne. Elle s’est construite au fil de tes publications, de tes commentaires, de tes pseudos, des photos où des potes t’ont identifié — que tu l’aies décidé ou non.

Et cette image, à ton âge, des gens commencent à la consulter. Le gérant qui reçoit ta candidature pour un job d’été. Un club qui hésite à te confier des enfants en baby-sitting. Une école qui étudiera ton dossier d’orientation. Taper un nom dans un moteur de recherche prend dix secondes et ne coûte rien : beaucoup le font, sans te le dire. Ce qu’ils trouvent — ou pas — pèse parfois dans leur décision, sans que tu puisses t’expliquer.

Ce réflexe existe, mais ce n’est pas un blanc-seing légal : un employeur ne peut normalement fonder sa décision que sur des informations en lien direct avec le poste, et la CNIL déconseille explicitement les enquêtes sur les comptes personnels. Qu’une information soit publique ne rend pas automatiquement son usage légitime — raison de plus pour garder la main sur ce qui est visible.

Pour reprendre la main, il faut comprendre une propriété étrange du web : la trace. Dans la vraie vie, une phrase maladroite s’évapore ; en ligne, elle s’enregistre. Chaque post, chaque commentaire, chaque like sur un compte public peut être retrouvé, parfois des années plus tard, par quelqu’un qui ne te connaît pas et n’a aucun contexte.

Tu te dis peut-être : « Je supprimerai si besoin. » Le souci, c’est qu’une publication ne t’appartient plus vraiment dès qu’elle est vue. N’importe qui peut faire une capture d’écran en une seconde — y compris d’une story « éphémère ». Elle peut être repartagée, enregistrée, envoyée dans une conversation que tu ne verras jamais. Supprimer l’original n’efface pas les copies. La règle la plus importante du cours tient en une phrase : avant de poster, demande-toi si tu assumerais que n’importe qui le voie, n’importe quand.

Élio t’explique

Publier en ligne, c’est comme lâcher une plume dans le vent : tant qu’elle est dans ta main, tu décides. Une fois lâchée, tu peux courir après, mais c’est le vent qui choisit où elle va.

Figure

Ton contrôle sur un contenu, au fil de sa diffusion

  • Courbe conceptuelle : Ton contrôle sur ce contenu en fonction de Diffusion du contenu dans le temps. Avant de poster : contrôle maximal. Partages et captures d’écran. Supprimer n’efface plus les copies.

Comment lire : Courbe de principe, pas une mesure réelle : avant de publier, tu contrôles tout. Chaque partage, chaque capture d’écran fait baisser ce contrôle — jusqu’au point où supprimer l’original ne change presque plus rien.

Exemple — Rayan et le job d’été

Rayan, 16 ans, postule pour un job d’été dans un magasin de sport. CV correct, entretien qui se passe bien. Quelques jours plus tard : réponse négative, sans explication. Ce qu’il ne sait pas, c’est que le gérant a tapé son nom sur Internet, comme il le fait pour tous les candidats. Premier résultat : un vieux compte public ouvert en 5ᵉ, où Rayan enchaînait les commentaires insultants sous des vidéos de foot — des « clashs » qu’il trouvait drôles à l’époque, et qu’il avait complètement oubliés.

Rayan n’est pas quelqu’un de méchant. Mais le gérant, lui, ne connaît pas Rayan : il ne voit que la trace, sans la voix ni l’âge qu’il avait. Le plus rageant ? Dix minutes un soir auraient suffi pour retrouver ce compte et le fermer. Ce que fait le gérant n’est d’ailleurs pas non plus totalement dans les clous : la loi ne l’autorise à retenir que des éléments liés au poste, pas d’anciennes bêtises trouvées en ligne. Mais dans la vraie vie, ce genre de vérification a lieu, difficile à prouver ou à contester après coup — mieux vaut avoir fait le ménage avant. C’est justement l’exercice qui arrive.

Élio te met en garde

« Éphémère », en ligne, ça n’existe pas vraiment. Une story qui disparaît en 24 heures peut vivre pour toujours dans la capture d’écran de quelqu’un. Poste tes stories en le sachant.

Quiz

Pourquoi supprimer une publication ne suffit-il pas toujours à la faire disparaître ?

À retenir

  • Tu as déjà une image en ligne, construite avec ou sans toi — recruteurs, écoles et clubs peuvent la consulter en dix secondes, même s’ils n’ont pas toujours le droit d’en tenir compte.
  • Tout ce que tu postes, likes ou commentes en public laisse une trace datée, retrouvable des années plus tard.
  • Capture d’écran = copie hors de ton contrôle, même pour un contenu « éphémère ».
  • Le bouton « publier » est plus puissant que le bouton « supprimer » : la vraie décision se prend avant.

À toi de jouer — Google-toi (avant que quelqu’un d’autre le fasse)

Ce soir, ouvre une fenêtre de navigation privée (pour t’approcher de ce qu’un inconnu déconnecté verrait, sans tes comptes connectés — les résultats varient un peu selon l’appareil ou la localisation) et cherche : ton prénom + ton nom, tes pseudos habituels, ton nom + ta ville. Regarde aussi l’onglet Images. Note trois choses : ce qui te plaît, ce qui te dérange, et les vieux comptes que tu avais oubliés. Garde cette liste : les chapitres suivants te donnent les outils pour agir dessus.

Reprends la main sur tes réglages

Maintenant que tu sais ce qui traîne, passons aux commandes. Chaque réseau a un centre de paramètres de confidentialité — et presque personne ne l’ouvre. C’est là que se joue la différence entre « je poste pour mes potes » et « je poste pour la Terre entière, les moteurs de recherche et le futur recruteur de Rayan ».

Les noms des menus changent d’une appli à l’autre, mais la logique est toujours la même : qui voit quoi ? Un compte public peut être consulté par n’importe qui, sans même te suivre, et il est souvent référencé par les moteurs de recherche. Un compte privé n’est visible que par les personnes que tu as acceptées — c’est toi le videur à l’entrée (le pseudo, la photo de profil et parfois certains compteurs restent cependant souvent visibles de tous, même en privé). Entre les deux, la plupart des plateformes offrent des réglages fins : stories réservées à une liste d’« amis proches », commentaires filtrés, identifications (tags) à approuver avant qu’elles apparaissent sur ton profil, géolocalisation activée ou non.

Aucun réglage n’est « le bon » pour tout le monde. Un compte public se justifie très bien si tu montres tes dessins ou ton équipe de basket. Ce qui n’est jamais une bonne idée, c’est de ne pas savoir ce que tes comptes racontent — et à qui.

Les six réglages à vérifier sur chaque compte

  • Visibilité du compte : public ou privé ? Est-ce un choix, ou le réglage d’usine ?
  • Qui peut voir tes stories : tout le monde, tes abonnés, ou une liste d’amis proches ?
  • Qui peut te retrouver : ton profil apparaît-il quand on cherche ton vrai nom ou ton numéro ?
  • Identifications : les photos où l’on te tague s’affichent-elles sans ton accord ?
  • Géolocalisation : ta position est-elle partagée en direct (carte, stories, réglages photo) ?
  • Qui peut t’écrire : messages privés ouverts à tous, ou seulement à tes contacts ?

L’astuce d’Élio

Le meilleur test : regarde ton profil avec les yeux d’un inconnu. Déconnecte-toi ou passe en navigation privée, puis ouvre ta propre page. Ce que tu vois là est une bonne approximation de ce que voit le monde entier — pas une copie exacte, les résultats variant selon l’appareil ou la localisation.

Exemple — Léa et la carte qui en disait trop

Léa, 15 ans, utilise Snapchat tous les jours. Un soir, une amie lui lâche : « Tu sais que je peux voir que t’es chez toi, là ? Et hier, t’étais au gymnase jusqu’à 21 h. » Léa tombe des nues : quelques mois plus tôt, elle avait activé le partage de sa position sur la carte et choisi « Mes amis », sans jamais revenir vérifier qui figurait encore dans cette liste. Or dans ses contacts, il y a ses copines… mais aussi des gens ajoutés une fois en vacances et jamais recroisés.

Cinq minutes dans les paramètres plus tard, elle active le « mode fantôme » : sa position n’est plus partagée. Rien de dramatique ne lui était arrivé — mais elle venait de comprendre qu’un réglage activé puis oublié peut se retourner contre elle des mois plus tard.

Deuxième chantier : le tri. Tes réglages protègent ce que tu publies aujourd’hui, mais il reste le passé et les portes oubliées. Les vieux comptes, d’abord : ce blog de 6ᵉ, ce compte de jeu au pseudo douteux, ce profil créé pour un concours. Tant qu’ils existent, ils parlent en ton nom. Supprime ceux qui ne servent plus — la plupart des plateformes ont une procédure de suppression dans les paramètres, parfois cachée, mais qui doit normalement être proposée (elle peut être plus difficile à trouver, voire inaccessible sans tes identifiants, sur un service abandonné depuis longtemps).

Ensuite, ta liste d’abonnés, si ton compte est privé : un compte suivi par des centaines de personnes dont tu ne reconnais pas la moitié n’a de privé que le nom. Tu as le droit de retirer des abonnés, de refuser des demandes, de bloquer sans te justifier — ce n’est pas de l’impolitesse, c’est de l’hygiène. Enfin, pense aux autorisations des applications : certaines réclament l’accès à tes contacts, ta position ou ton micro sans en avoir besoin pour fonctionner. Les réglages de ton téléphone permettent de retirer ces accès, appli par appli.

Quiz

Quel est le meilleur premier réflexe pour reprendre la main sur un compte ?

À toi de jouer — L’audit des vingt minutes

Cette semaine, choisis tes deux applis les plus utilisées et passe dix minutes sur chacune : ouvre les paramètres de confidentialité et vérifie les six réglages ci-dessus (visibilité, stories, recherche, tags, géolocalisation, messages). Pour chaque réglage, décide en conscience — public ou privé, les deux se défendent, mais ce sera TON choix. Bonus : supprime un vieux compte repéré pendant l’exercice du chapitre 1.

Élio te félicite

Vingt minutes d’audit, et tu passes dans le petit groupe de ceux qui savent ce que leurs comptes racontent. Beaucoup d’adultes ne l’ont jamais fait. Vraiment.

Ton image, tes droits

On passe à un domaine que presque personne ne t’a expliqué : la loi est de ton côté. Ce que tu vis en ligne n’est pas une zone de non-droit où chacun ferait ce qu’il veut de ta photo. Tu as des droits précis, gratuits, utilisables sans avocat. Encore faut-il les connaître.

Premier pilier : le droit à l’image. En France, ton image t’appartient. Depuis la loi du 19 février 2024, le Code civil dit clairement que tes parents doivent protéger ensemble ton droit à l’image et t’associer aux décisions selon ton âge et ta maturité — ce n’est plus seulement « leur » accord qui compte, c’est aussi ta parole. Si on te reconnaît sur une photo ou une vidéo, la diffuser nécessite en principe un accord. Un camarade qui poste une photo de toi sans demander, un club qui met ton visage sur son site : tu peux en demander le retrait, la loi t’appuie. Il existe des exceptions (une foule lors d’un événement public, l’actualité), mais le principe de base est simple : ton visage n’est pas un contenu libre de droits.

Deuxième pilier : tes données personnelles, protégées en Europe par le RGPD (Règlement général sur la protection des données). Derrière ce sigle, des pouvoirs concrets : savoir ce qu’une plateforme sait de toi (accès), faire corriger une info fausse (rectification), et surtout faire effacer des données (droit à l’effacement, ou « droit à l’oubli »). Point clé pour toi : ce droit à l’effacement est renforcé quand les données ont été collectées alors que tu étais mineur. Ce que tu as posté à 12 ans ne te condamne pas à vie.

Figure

Trois âges à connaître

  • Âge fréquent dans les CGU (à vérifier selon le service) : 13 ans
  • Consentir seul à certains traitements en ligne : 15 ans
  • Majorité légale : 18 ans

Comment lire : Ces nombres ne sont pas trois autorisations générales : les conditions d’utilisation (CGU) varient selon le service, et le seuil de 15 ans ne vaut que dans un cas précis de consentement aux traitements de données en ligne.

Un mot sur ces âges, parce qu’on te les oppose souvent sans les expliquer. Le 13 ans apparaît dans les conditions d’utilisation de nombreuses plateformes, mais chaque service fixe ses règles : vérifie ses CGU. Le seuil français de 15 ans a une portée plus précise qu’une autorisation générale d’aller sur Internet : il permet à un mineur de consentir seul lorsque un service en ligne lui est directement proposé et que le traitement de ses données repose juridiquement sur le consentement. En dessous de 15 ans, ce consentement doit être donné conjointement par le mineur et un parent. À 15 ans — un âge que beaucoup d’élèves de seconde viennent tout juste de franchir, ou franchiront bientôt —, autant savoir ce que ce seuil change vraiment.

Maintenant, le mode d’emploi du droit à l’effacement, parce qu’un droit qu’on ne sait pas utiliser ne sert à rien. Étape 1 : tu écris au site ou à la plateforme (la plupart ont un formulaire « confidentialité », « vie privée » ou « signaler ») en demandant la suppression, et en te présentant comme mineur. Étape 2 : le responsable a en principe un mois pour te répondre. Étape 3 : sans réponse ou en cas de refus, tu peux déposer une plainte gratuite en ligne auprès de la CNIL (cnil.fr), l’autorité française qui fait respecter ces règles — un parent peut t’aider. Il existe aussi le déréférencement : demander à un moteur de recherche, via son formulaire dédié, de ne plus afficher un résultat associé à ton nom. La demande peut être refusée, après mise en balance de ta vie privée et du droit à l’information — en cas de refus, tu peux saisir la CNIL. Si elle est acceptée, la page existe toujours quelque part, mais elle ne remonte plus quand on te cherche — souvent, c’est l’essentiel.

Élio t’explique

Le RGPD, vois-le comme une télécommande sur tes données : un bouton « montre-moi » (accès), un bouton « corrige » (rectification) et un bouton « efface » (effacement). Et parce que tu es mineur, ton bouton « efface » appuie plus fort que celui des adultes.

Exemple — Sofia fait retirer une photo en deux e-mails

Sofia, 16 ans, découvre en se googlant (exercice du chapitre 1 !) une photo d’elle en maillot de bain, prise trois ans plus tôt lors d’une compétition de natation, publiée sur le site de son ancien club avec son nom complet en légende. Personne ne lui a jamais demandé son avis, et cette photo arrive en deuxième résultat quand on cherche son nom.

Elle en parle à sa mère et, ensemble, elles écrivent au club : « Cette photo de Sofia a été publiée sans autorisation. Elle est mineure. Nous vous demandons de la retirer, ainsi que la mention de son nom complet, conformément à son droit à l’image et au RGPD. » Réponse du webmaster bénévole en trois jours : photo supprimée, excuses. Deux semaines plus tard, le résultat a disparu du moteur de recherche. Pas d’avocat, pas de conflit, pas un euro : juste un droit, exercé poliment mais fermement.

Quiz

Un site refuse de retirer une photo de toi publiée quand tu avais 13 ans. Que peux-tu faire ?

Tes droits en résumé

  • Droit à l’image : tes parents doivent protéger ensemble ce droit et t’associer aux décisions selon ton âge et ta maturité — diffuser une photo où l’on te reconnaît demande en principe ton accord.
  • RGPD : droit d’accès, de rectification et d’effacement de tes données — effacement renforcé pour ce qui date de ta minorité.
  • Mode d’emploi : demande à la plateforme → réponse sous un mois → plainte gratuite à la CNIL si besoin.
  • Déréférencement : un formulaire pour qu’un résultat n’apparaisse plus quand on cherche ton nom.
  • Seuil de 15 ans : il permet de consentir seul seulement pour un traitement fondé sur le consentement dans un service en ligne directement proposé au mineur ; en dessous, consentement conjoint du mineur et du parent.

Publier sur les autres : demande d’abord

Jusqu’ici, on a parlé de ton image. Retournons la caméra : les autres aussi ont une image, et chaque fois que tu postes une photo de groupe, une vidéo de vestiaire ou un screen d’une conversation, tu publies sur quelqu’un. Tout ce que tu as appris au chapitre précédent — droit à l’image, autorisation, retrait — vaut aussi dans ce sens-là. Ton meilleur pote a exactement les mêmes droits que toi sur son visage.

La règle est d’une simplicité désarmante : demande avant de poster. « Je peux mettre la photo de tout à l’heure en story ? » — cinq secondes, et tout change. La personne peut dire oui, non, ou « oui mais pas celle-là ». Ce n’est pas de la paperasse : c’est du respect, et c’est ce qui sépare une photo partagée d’une photo volée. Le tag, c’est pareil : identifier quelqu’un le rend visible à tout ton réseau, avec son nom. Sur une photo de soirée, dans un contexte moqueur, ce n’est pas un cadeau.

Élio te met en garde

La photo « trop drôle » de quelqu’un d’autre, c’est le contenu le plus piégeux qui existe : drôle pour tout le monde… sauf pour la personne dessus. Si le rire se fait contre elle et sans elle, ce n’est plus de l’humour, c’est une humiliation avec des témoins.

Exemple — Maxime, la vidéo du gymnase et les captures

En cours d’EPS, Adam rate spectaculairement un saut et s’étale sur le tapis. Maxime, 15 ans, filme la scène et la poste le soir même dans le groupe de la classe, avec des emojis morts de rire. En quelques heures, la vidéo sort du groupe : quelqu’un l’a transférée à d’autres classes, quelqu’un d’autre l’a repostée en story avec une légende moqueuse. Le lendemain, des élèves qu’Adam ne connaît même pas l’imitent dans la cour.

Maxime, sincèrement désolé, supprime la vidéo. Trop tard : elle ne lui appartient plus, des copies circulent, il ne saura jamais combien. Adam, lui, n’a rien publié, rien choisi, et c’est pourtant lui qui encaisse. La question que Maxime ne s’est pas posée tient en quatre mots : « Et si c’était moi ? »

Il reste un point que trop de monde ignore, et qui change tout : relayer, c’est publier. Tu n’as pas pris la photo ? Tu n’as pas lancé la rumeur ? Peu importe : si tu transfères, repostes ou repartages un contenu qui nuit à quelqu’un, tu participes à sa diffusion, et ta responsabilité est engagée — au lycée comme devant la loi. « Je n’ai fait que partager » n’est pas une défense : c’est précisément le partage qui transforme une maladresse en harcèlement de masse.

La loi française est particulièrement sévère sur un cas : la diffusion d’images intimes d’une personne sans son accord. C’est un délit, et transférer l’image « juste à un pote » relève de la même logique que la poster publiquement. Si une telle image arrive dans une de tes conversations, la seule bonne réaction tient en trois gestes : ne pas la partager, dire à celui qui l’envoie que c’est grave, et prévenir la personne concernée ou un adulte. Le silence protège le diffuseur ; ta réaction protège la victime. Les rumeurs suivent la même mécanique : couper la chaîne, c’est déjà agir.

Quiz

On t’envoie une photo gênante d’un élève de ta classe et tu la transfères à un seul ami. Qui a « diffusé » la photo ?

À toi de jouer — La question qui change tout

Cette semaine, avant chaque publication où quelqu’un d’autre apparaît (photo, vidéo, tag, screen de conversation), pose la question à voix haute ou par message : « Ça te va si je poste ça ? » Compte combien de fois la réponse te surprend — un « non » ou un « pas celle-là » là où tu attendais un oui. Puis dis à tes trois amis les plus proches que tu aimerais qu’ils te posent la même question. Tu viens de créer une règle de groupe.

L’astuce d’Élio

Le test des quatre mots avant de poster sur quelqu’un : « Et si c’était moi ? » Si la réponse te pique, tu as ta réponse.

Si ça dérape : ton plan d’action

Dernier chapitre, et peut-être le plus important : que faire si, malgré tout, ça dérape ? Une photo qui circule sans ton accord, une rumeur qui enfle, un compte qui se moque de toi, une story humiliante… Première chose à imprimer, avant toute technique : ce n’est pas ta faute. Même si la photo vient de toi, même si tu l’avais envoyée à quelqu’un en qui tu avais confiance : la faute est chez celui qui diffuse, pas chez celui qui subit. La honte doit changer de camp — et pendant ce temps, toi, tu appliques un plan.

Ce plan tient en cinq gestes, dans l’ordre. Il est fait pour être suivi même (surtout) quand la panique monte : c’est exactement dans ces moments-là qu’un plan écrit à l’avance vaut de l’or.

Figure

Un contenu circule sur toi : les cinq gestes, dans l’ordre

  1. Ne réponds pas à chaud : une réaction publique peut relancer la diffusion
  2. Garde des preuves : captures d’écran avec les pseudos, les dates, les liens
  3. Bloque les comptes en cause et signale le contenu sur la plateforme
  4. Parle-en à un adulte de confiance et contacte le 3018 (gratuit, confidentiel)
  5. Si le contenu semble illicite : signalement PHAROS ; sinon, adulte, établissement ou police selon la situation

Comment lire : Suis ces étapes pour un contenu qui circule : d’abord préserver (ton calme, les preuves), ensuite couper (bloquer, signaler), puis chercher de l’aide. Mais si on te menace ou qu’on te fait chanter (extorsion), inverse l’ordre : alerte d’abord un adulte de confiance et appelle le 17 ou le 112 — PHAROS n’est pas un service d’urgence.

Détaillons les maillons clés. Les preuves d’abord : avant de bloquer ou de faire supprimer quoi que ce soit, capture. L’écran, le pseudo, la date, l’URL si possible. Ça semble contre-intuitif — on veut que ça disparaisse tout de suite — mais les captures aident vraiment la plateforme, le lycée et la police à agir plus vite ; elles ne sont pas un préalable obligatoire, tu peux être écouté, signaler ou porter plainte même sans preuve constituée. Capture, puis fais supprimer.

Le signalement sur la plateforme ensuite : chaque réseau a un bouton « signaler » sur les publications, les comptes et les messages. Utilise-le toi-même : chez les grandes plateformes, le nombre de signalements ne détermine pas le retrait d’un contenu — inutile de mobiliser tes amis, garde plutôt tes preuves et parles-en à un adulte. Le 3018, maintenant — retiens ce numéro comme le 15 ou le 17 : c’est le numéro national contre les violences numériques faites aux jeunes. Gratuit, confidentiel, joignable par téléphone, par tchat sur 3018.fr ou via l’application 3018. Au bout du fil : des professionnels (psychologues, juristes) qui écoutent sans juger — et dont les accords avec les plateformes permettent de faire retirer des contenus bien plus vite qu’un signalement classique. PHAROS, enfin (internet-signalement.gouv.fr) : le portail officiel pour signaler les contenus illégaux. Et si les faits sont graves — menaces, diffusion d’images intimes, harcèlement — un dépôt de plainte est possible : tes captures serviront exactement à ça.

Un mot sur le lycée : si les auteurs sont des élèves, ton établissement a l’obligation d’agir, même quand tout s’est passé en ligne et hors les murs. CPE, professeur principal, infirmière : choisis l’adulte avec qui ça passe le mieux, et viens avec tes captures.

Élio te met en garde

Si quelqu’un te menace de diffuser une image de toi pour t’extorquer quoi que ce soit — de l’argent, d’autres photos —, ne paie jamais, ne négocie jamais, et parles-en immédiatement : 3018, adulte, police. Ce chantage est un délit connu, et céder ne fait qu’aggraver le piège.

Exemple — Jade face à la rumeur

Un dimanche soir, Jade, 15 ans, découvre qu’un compte anonyme diffuse une photo d’elle détournée avec une légende humiliante, et que la moitié de sa classe l’a déjà vue. Première impulsion : commenter pour se défendre, supplier qu’on supprime. Elle se retient — elle a lu quelque part que répondre relance la machine.

À la place, elle applique le plan. Captures d’écran du compte, de la photo, des partages, avec les pseudos. Blocage, signalement — elle le fait elle-même, sans recruter ses amies pour signaler en masse. Lundi matin, elle montre tout à sa mère, puis à la CPE, captures à l’appui. Le soir, elle contacte le tchat du 3018 : une juriste lui confirme ses droits, et le contenu est retiré dans les jours qui suivent grâce au signalement prioritaire. Le compte anonyme, privé de sa photo et sans plus personne pour relayer ses publications, s’essouffle. Ce qui a protégé Jade, ce n’est pas la chance : c’est d’avoir su, avant la crise, exactement quoi faire dans quel ordre.

Quiz

Une photo de toi circule sans ton accord. Quel est le bon premier réflexe technique ?

Ton plan d’action, à lancer cette semaine

  • Aujourd’hui — Enregistre le 3018 dans tes contacts et note : tchat sur 3018.fr, appli 3018, gratuit et confidentiel.
  • Cette semaine — Fais l’exercice du chapitre 1 (te googler en navigation privée) et l’audit des vingt minutes du chapitre 2.
  • Un contenu à faire retirer ? — Applique le chapitre 3 : demande à la plateforme → un mois → CNIL.
  • En continu — Demande avant de poster quelqu’un, refuse de relayer ce qui blesse, et propose la règle à tes amis.
  • Si ça dérape — Les cinq gestes dans l’ordre : calme, preuves, blocage-signalement, adulte + 3018, PHAROS/plainte.

À toi de jouer — Ta fiche réflexe (dix minutes, une bonne fois pour toutes)

Crée une note dans ton téléphone intitulée « Si ça dérape » et recopie les cinq gestes du plan avec les contacts : 3018 (téléphone, 3018.fr, appli), internet-signalement.gouv.fr, cnil.fr, et le nom de ton adulte de confiance au lycée. Partage cette note à un ami : si un jour l’un de vous est visé, l’autre saura exactement quoi faire. Une crise se gère mille fois mieux avec un plan écrit à froid.

Élio te félicite

Tu sais maintenant voir ta trace, la régler, faire valoir tes droits, respecter ceux des autres et réagir si ça dérape. Ton image en ligne vient officiellement de changer de mains : elle est dans les tiennes. Prends-en soin — et n’oublie pas de vivre aussi hors écran.

Continue ton élan

Cours suivant : Travailler en groupe sans y laisser des plumes

Le passager clandestin, le chef autoproclamé, le « je croyais que tu t’en occupais »… Les travaux de groupe ratent toujours pour les mêmes raisons. Voici comment les éviter.