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Communication

Ton image en ligne : construire, pas subir

Recruteurs, écoles, maîtres de stage : il est devenu banal de taper un nom dans un moteur de recherche avant de dire oui. Ce cours t’apprend à voir ce qu’Internet raconte de toi, à régler tes comptes pour décider qui voit quoi, à utiliser tes droits (droit à l’image, droit à l’effacement), à publier sur les autres sans les trahir — et, si tu en as envie seulement, à construire une présence en ligne qui joue pour toi. Avec un plan précis si un jour une photo ou une rumeur circule.

Adapter à ton niveau

~29 min6 chapitresNiveau terminale

À la fin de ce cours, tu sauras

  • reconnaître ton e-réputation et pourquoi elle pèse déjà dans de vraies décisions : job étudiant, alternance, stage, école
  • reprendre la main sur tes réglages de confidentialité et faire le ménage dans tes vieux comptes de mineur
  • exercer par toi-même tes droits : droit à l’image, RGPD, effacement renforcé, déréférencement, plainte à la CNIL
  • publier sur les autres sans les trahir et reconnaître la zone rouge : images intimes et montages générés par IA
  • construire, si tu le veux, une présence qui joue pour toi — et savoir exactement quoi faire si un jour ça dérape

Sources de ce cours

Ton image te précède désormais

À dix-huit ans — ou presque —, tu franchis une frontière : ce que raconte Internet sur toi cesse d’être un sujet d’ado pour devenir un enjeu concret. Un employeur qui reçoit ta candidature pour un job étudiant, un maître d’apprentissage qui hésite entre deux profils d’alternance, un responsable de stage, parfois une formation : taper ton nom dans un moteur de recherche leur prend dix secondes, et beaucoup le font sans jamais te le dire. Ce qu’ils trouvent — ou ne trouvent pas — pèse parfois dans une décision que tu n’auras pas l’occasion de commenter.

Ce réflexe n’est pas pour autant un blanc-seing légal : un employeur ne peut normalement fonder sa décision que sur des informations en lien direct avec le poste ou tes aptitudes professionnelles, et la CNIL déconseille explicitement les enquêtes sur les comptes personnels. Qu’une information soit publique ne la rend pas automatiquement utilisable — mais dans les faits, ces recherches ont lieu, et mieux vaut avoir fait le ménage avant qu’après.

On appelle ça ton e-réputation : l’image de toi qui existe en ligne, faite de tes publications, de tes commentaires, de tes pseudos, des photos où d’autres t’ont identifié. Elle se construit depuis tes onze ou douze ans, avec ou sans ton accord. La vraie question n’est donc pas « est-ce que j’ai une image en ligne ? » — tu en as une — mais « qui la dessine : moi, ou le hasard ? »

Tout ce cours tient dans ce verbe : construire au lieu de subir. Subir, c’est laisser les vieux comptes et les algorithmes parler à ta place. Construire, c’est savoir ce qui existe, régler ce qui doit l’être, faire valoir tes droits, et choisir ce que tu montres. En dix minutes, chapitre par chapitre.

Élio t’explique

Publier en ligne, c’est lâcher une plume dans le vent : tant qu’elle est dans ta main, tu décides. Une fois lâchée, tu peux courir après — c’est le vent qui choisit où elle atterrit. Et parfois, c’est sur le bureau d’un recruteur.

Internet a une propriété que la vie hors ligne n’a pas : la trace. Une phrase maladroite lancée dans un couloir s’évapore ; la même en commentaire s’archive, datée, retrouvable des années plus tard par quelqu’un qui n’a aucun contexte — ni ta voix, ni l’âge que tu avais, ni le second degré.

« Je supprimerai si besoin », penses-tu peut-être. Le problème : un contenu ne t’appartient plus vraiment dès qu’il a été vu. Une capture d’écran prend une seconde — y compris d’une story « éphémère » ou d’un message censé s’autodétruire. Elle se repartage, s’enregistre, atterrit dans une conversation que tu ne verras jamais. Supprimer l’original n’efface pas les copies. D’où la règle la plus utile de ce cours, en une phrase : avant de publier, demande-toi si tu assumerais que n’importe qui le voie, n’importe quand — le recruteur de dans trois ans compris.

Figure

Ton contrôle sur un contenu, une fois publié

  • Courbe conceptuelle : Ton contrôle sur ce contenu en fonction de Diffusion du contenu dans le temps. Avant de poster : contrôle maximal. Partages et captures d’écran. Supprimer n’efface plus les copies.

Comment lire : Courbe de principe : avant de poster, tu contrôles tout. Chaque partage, chaque capture fait chuter ce contrôle — jusqu’au point où supprimer l’original ne change presque plus rien.

Exemple — Yanis et l’alternance qui lui file entre les doigts

Yanis, 17 ans, postule pour une alternance en informatique — un contrat qu’il vise depuis des mois. Dossier solide, entretien qui accroche. Une semaine plus tard, réponse négative, sans motif. Ce qu’il ignore : le recruteur a tapé son nom, comme pour chaque candidat. Premier résultat, un compte public ouvert en cinquième, où Yanis enchaînait sous des vidéos de foot des commentaires insultants qu’il trouvait drôles à l’époque — et qu’il avait complètement oubliés.

Yanis n’est pas quelqu’un d’agressif. Mais le recruteur, lui, ne le connaît pas : il ne voit que la trace, sans le contexte ni l’âge qu’il avait. Le plus rageant ? Dix minutes un soir auraient suffi pour retrouver ce compte et le fermer. Ce que fait le recruteur n’est d’ailleurs pas non plus totalement dans les clous : la loi ne l’autorise à retenir que des éléments liés au poste, pas d’anciennes bêtises trouvées en ligne. Mais dans la vraie vie, ce genre de vérification a lieu, difficile à prouver ou à contester après coup — mieux vaut avoir fait le ménage avant. C’est exactement l’exercice qui arrive.

Quiz

Pourquoi supprimer une publication ne suffit-il pas toujours à la faire disparaître d’Internet ?

À retenir

  • Ton e-réputation existe déjà : recruteurs, maîtres d’apprentissage et écoles peuvent la consulter en dix secondes, même s’ils n’ont pas toujours le droit d’en tenir compte.
  • Tout ce que tu postes, likes ou commentes en public laisse une trace datée, retrouvable des années plus tard.
  • Capture d’écran = copie hors de ton contrôle, même pour un contenu « éphémère ».
  • Le bouton « publier » est plus puissant que le bouton « supprimer » : la vraie décision se prend avant.

À toi de jouer — Google-toi avant qu’un recruteur le fasse

Ce soir, ouvre une fenêtre de navigation privée (pour t’approcher de ce qu’un inconnu déconnecté verrait, sans tes comptes connectés — les résultats varient selon l’appareil ou la localisation) et cherche : ton prénom + ton nom, tes pseudos habituels, ton nom + ta ville. Regarde aussi l’onglet Images. Si tu veux tester une recherche d’image inversée, utilise uniquement l’URL d’une photo déjà publique de toi — jamais une image intime ou privée : le service auquel tu l’envoies la traite et peut la conserver. Note trois choses : ce qui te plaît, ce qui te dérange, et les vieux comptes oubliés. Garde cette liste — les chapitres suivants te donnent les outils pour agir dessus.

Reprends les commandes : réglages et grand ménage

Tu sais maintenant ce qui traîne. Passons aux commandes. Chaque réseau a un centre de confidentialité que presque personne n’ouvre — et c’est pourtant là que se joue la différence entre « je poste pour mes potes » et « je poste pour la Terre entière, les moteurs de recherche et le futur recruteur de Yanis ».

Les menus changent d’une appli à l’autre, mais la logique tient en une question : qui voit quoi ? Un compte public est consultable par n’importe qui, souvent référencé par les moteurs de recherche. Un compte privé n’est visible que des personnes que tu as acceptées — le videur à l’entrée, c’est toi (le pseudo, la photo de profil et parfois certains compteurs restent cependant souvent visibles de tous, même en privé). Entre les deux, la plupart des plateformes offrent des réglages fins : stories réservées à une liste d’« amis proches », commentaires filtrés, identifications à approuver, géolocalisation activée ou non.

Aucun réglage n’est « le bon » pour tout le monde. Un compte public se défend très bien si tu y montres tes créations ou ton équipe. Ce qui n’est jamais malin, c’est de ne pas savoir ce que tes comptes racontent — et à qui.

Les six réglages à vérifier sur chaque compte

  • Visibilité du compte : public ou privé ? Est-ce un choix, ou le réglage d’usine ?
  • Stories : visibles par tout le monde, tes abonnés, ou une liste restreinte ?
  • Recherche : ton profil sort-il quand on tape ton vrai nom ou ton numéro ?
  • Identifications : les photos où l’on te tague s’affichent-elles sans ton accord ?
  • Géolocalisation : ta position part-elle en direct (carte, stories, métadonnées) ?
  • Messages : DM ouverts à tous, ou seulement à tes contacts ?

L’astuce d’Élio

Le meilleur test : regarde ton profil avec les yeux d’un inconnu. Déconnecte-toi ou ouvre ta page en navigation privée. Ce que tu vois là est une bonne approximation de ce que voit le monde entier — recruteur inclus — mais pas une copie exacte : les résultats varient selon l’appareil ou la localisation.

Deuxième chantier : le tri, parce que les réglages protègent le présent, pas le passé. Les vieux comptes d’abord : ce blog de sixième, ce compte de jeu au pseudo douteux, ce profil créé pour un concours oublié. Tant qu’ils existent, ils parlent en ton nom. Supprime ceux qui ne servent plus — la procédure est dans les paramètres, parfois cachée, mais qui doit normalement être proposée (elle peut être plus difficile à trouver, voire inaccessible sans tes identifiants, sur un service abandonné depuis longtemps).

Ta liste d’abonnés ensuite, si ton compte est privé : quatre cents abonnés dont tu ne reconnais pas la moitié, ça n’a de privé que le nom. Tu as le droit de retirer, de refuser, de bloquer sans te justifier — ce n’est pas de l’impolitesse, c’est de l’hygiène.

Enfin, les autorisations des applications : certaines réclament tes contacts, ta position ou ton micro sans en avoir besoin. Les réglages de ton téléphone permettent de couper ces accès, appli par appli. Dix minutes de ménage par trimestre, et tu gardes la main.

Exemple — Lina retombe sur son blog de cinquième

Lina, 17 ans, se google (l’exercice du chapitre 1) et tombe sur un blog qu’elle avait ouvert en cinquième : pseudo gênant, textes de préado, photos de l’époque, le tout parfaitement public et bien référencé. Elle avait oublié jusqu’à son existence.

Une demi-heure plus tard, le compte est supprimé. Rien de grave ne lui était arrivé — mais elle vient de comprendre que ce qu’elle ne gère pas, quelqu’un d’autre peut le trouver. Elle enchaîne : elle passe ses deux applis principales en revue, coupe un partage de position qu’elle n’avait jamais vraiment choisi, retire une dizaine d’abonnés fantômes. Vingt minutes, et son image lui appartient un peu plus.

Quiz

Quel est le meilleur premier réflexe pour reprendre la main sur un compte ?

À toi de jouer — L’audit des vingt minutes

Cette semaine, choisis tes deux applications les plus utilisées et passe dix minutes sur chacune : ouvre les paramètres de confidentialité et vérifie les six réglages de la liste ci-dessus (visibilité, stories, recherche, identifications, géolocalisation, messages). Pour chacun, décide en conscience — public ou privé, les deux se défendent, mais ce sera TON choix. Bonus : supprime un vieux compte repéré au chapitre 1.

Tes droits, que tu peux exercer (presque) seul

Un domaine que presque personne ne t’a expliqué : la loi est de ton côté. En ligne, tu n’es pas dans une zone de non-droit où chacun ferait ce qu’il veut de ta photo ou de tes données. Tu as des droits précis, gratuits, utilisables sans avocat — et, en approchant ou en passant la majorité, tu peux désormais les exercer largement par toi-même.

Premier pilier : le droit à l’image. En France, ton image t’appartient. Diffuser une photo ou une vidéo où l’on te reconnaît nécessite en principe ton autorisation — et, depuis la loi du 19 février 2024, le Code civil précise que tant que tu es mineur, tes parents doivent t’associer aux décisions qui concernent ton image selon ton âge et ta maturité : à ton âge, c’est largement ta parole qui compte. Un camarade qui te poste sans demander, un club qui met ton visage sur son site, un compte qui te republie : tu peux en exiger le retrait, la loi t’appuie. Il existe des exceptions (une foule dans un lieu public, l’actualité), mais le principe tient : ton visage n’est pas un contenu libre de droits.

Second pilier : tes données personnelles, protégées en Europe par le RGPD (Règlement général sur la protection des données). Derrière ce sigle, des pouvoirs très concrets : savoir ce qu’une plateforme détient sur toi (droit d’accès), faire corriger une information fausse (rectification), et surtout faire effacer des données (droit à l’effacement, ou « droit à l’oubli »). Point capital à ton âge : ce droit à l’effacement est renforcé pour les données collectées quand tu étais mineur. Ce que tu as posté à douze ans ne te condamne pas à vie.

Élio t’explique

Vois le RGPD comme une télécommande sur tes données : un bouton « montre-moi » (accès), un bouton « corrige » (rectification), un bouton « efface » (effacement). Et pour tout ce que tu as publié mineur, ton bouton « efface » appuie plus fort que celui des adultes.

Un droit qu’on ne sait pas utiliser ne sert à rien — voici le mode d’emploi. Étape 1 : tu écris à la plateforme (cherche le formulaire « confidentialité », « vie privée » ou « signaler un contenu ») en demandant la suppression, et en précisant que les données remontent à ta minorité. Étape 2 : le responsable a en principe un mois pour te répondre. Étape 3 : sans réponse ou en cas de refus, tu déposes une plainte gratuite en ligne auprès de la CNIL (cnil.fr), l’autorité française qui fait respecter ces règles.

Il existe aussi le déréférencement : demander à un moteur de recherche, via son formulaire dédié, de ne plus afficher un résultat associé à ton nom. La demande peut être refusée, après mise en balance de ta vie privée et du droit à l’information — en cas de refus, tu peux saisir la CNIL. Si elle est acceptée, la page existe toujours quelque part, mais elle ne remonte plus quand on te cherche — souvent, c’est l’essentiel, puisque c’est justement ce que verrait un recruteur.

Exemple — Nour fait retirer une photo en deux e-mails

Nour, 18 ans, se google avant d’envoyer ses candidatures de stage et découvre, en deuxième résultat, une photo d’elle publiée trois ans plus tôt sur le site de son ancien club de natation — nom complet en légende, avis jamais demandé.

Elle écrit au club : « Cette photo a été publiée sans autorisation, alors que j’étais mineure. Je vous demande de la retirer, ainsi que la mention de mon nom, au titre de mon droit à l’image et du RGPD. » Réponse du webmaster bénévole en trois jours : photo supprimée, excuses. Deux semaines plus tard, le résultat a disparu du moteur de recherche. Pas d’avocat, pas de conflit, pas un euro : juste un droit, exercé poliment mais fermement. Beaucoup de cas se règlent exactement comme ça.

Quiz

Un site refuse de retirer une photo de toi publiée quand tu avais 13 ans. Que peux-tu faire ?

Tes droits en résumé

  • Droit à l’image : diffuser une photo où l’on te reconnaît demande en principe ton accord — tes parents restent associés à la protection de ce droit tant que tu es mineur.
  • RGPD : droit d’accès, de rectification et d’effacement — effacement renforcé pour ce qui date de ta minorité.
  • Mode d’emploi : demande à la plateforme → réponse en principe sous un mois → plainte gratuite à la CNIL si besoin.
  • Déréférencement : un formulaire pour qu’un résultat n’apparaisse plus quand on cherche ton nom.

Publier sur les autres — et la zone rouge

Retournons la caméra : les autres aussi ont une image. Chaque photo de groupe, chaque vidéo de vestiaire, chaque capture d’une conversation que tu postes, c’est une publication sur quelqu’un. Tout ce que tu as appris au chapitre précédent vaut dans ce sens-là : ton meilleur ami a exactement les mêmes droits que toi sur son visage.

La règle est d’une simplicité désarmante : demande avant de poster. « Je peux mettre la photo en story ? » — cinq secondes, et tout change. La personne peut dire oui, non, ou « oui mais pas celle-là ». Ce n’est pas de la paperasse, c’est ce qui distingue une photo partagée d’une photo volée.

Et un point que trop de monde ignore : relayer, c’est publier. Tu n’as pas pris la photo, pas lancé la rumeur ? Peu importe : transférer ou reposter un contenu qui nuit à quelqu’un engage ta responsabilité, au lycée comme devant la loi. « J’ai juste partagé » n’est pas une défense — c’est précisément le partage qui transforme une maladresse en harcèlement de masse.

Il existe une zone rouge où l’enjeu n’est plus la politesse mais le droit pénal : les images intimes. Diffuser une image à caractère sexuel d’une personne sans son accord est un délit, puni notamment de peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et 60 000 € d’amende (article 226-2-1 du Code pénal) — et « juste la transférer à un pote » relève de la même logique que la poster publiquement. Quand l’image représente un mineur, une infraction bien plus sévère peut s’appliquer (article 227-23).

Nouveauté de ton époque : les montages générés par IA, ces « hypertrucages » (deepfakes) qui fabriquent une fausse image compromettante à partir d’un simple portrait. Fabriquer un tel montage est déjà une atteinte grave à la personne visée, et peut relever d’autres infractions selon la manière dont il a été réalisé ou utilisé. Mais l’infraction spécifique aux deepfakes à caractère sexuel (article 226-8-1 du Code pénal) vise précisément le fait de porter ce contenu à la connaissance du public ou d’un tiers, avec des peines pouvant aller jusqu’à deux ans de prison et 60 000 € d’amende : c’est la diffusion, pas la seule fabrication, qui déclenche cette peine-là. Autrement dit, ne crée jamais un tel montage — et surtout, ne le montre ni ne l’envoie à personne : c’est cet acte de diffusion que la loi punit le plus lourdement. Si une image de ce type — réelle ou fabriquée — arrive dans une de tes conversations, la seule bonne réaction tient en trois gestes : ne pas la partager, dire à celui qui l’envoie que c’est grave, prévenir la personne concernée ou un adulte. Le silence protège le diffuseur ; ta réaction protège la victime.

Élio te met en garde

Une image intime qui circule, vraie ou fabriquée par IA, ce n’est jamais « un truc drôle » : c’est une victime réelle et, souvent, un délit. Ne relaie pas, ne ris pas, coupe la chaîne. Et si c’est toi qui es visé, saute directement au dernier chapitre : il est fait pour ça.

Exemple — Camille refuse d’être un maillon de plus

Dans un groupe de classe, quelqu’un balance un montage : le visage de Jade, collé par une appli d’« IA », sur un corps dénudé. Des rires, des emojis. Camille, 17 ans, reçoit l’image comme tout le monde.

Elle ne la transfère pas. Elle écrit dans le groupe que c’est un faux, que c’est grave, et que c’est puni par la loi. Elle fait une capture — pour la preuve, pas pour rediffuser —, prévient Jade, puis le lendemain la CPE. Le montage est signalé, l’auteur identifié, la diffusion stoppée net.

Camille n’a pas « balancé un copain » : elle a refusé d’être un maillon de plus dans la chaîne. C’est toute la différence entre subir une meute et casser sa dynamique — et parfois, une seule personne suffit.

Quiz

On t’envoie une image intime truquée par IA d’un élève de ta classe et tu la transfères à un seul ami. Où en es-tu vis-à-vis de la loi ?

À toi de jouer — La question qui change tout

Cette semaine, avant chaque publication où quelqu’un d’autre apparaît (photo, vidéo, tag, capture de conversation), pose la question à voix haute ou par message : « Ça te va si je poste ça ? » Compte combien de fois la réponse te surprend — un « non » ou un « pas celle-là » là où tu attendais un oui. Puis dis à tes proches que tu aimerais qu’ils te posent la même question. Tu viens de créer une règle de groupe.

Construire une présence qui joue pour toi (ou pas)

Jusqu’ici, surtout de la défense : régler, protéger, retirer. Passons à l’attaque — mais avec une précision d’abord : tu n’as aucune obligation d’exister en ligne. Un profil discret, voire aucun profil public, n’est ni bizarre ni suspect ; c’est un choix parfaitement légitime, que font des gens très bien. Si on te cherche et qu’on trouve peu, on trouve… quelqu’un de discret. Ce n’est pas un défaut.

Mais si tu en as envie, une présence choisie devient un vrai atout à ton âge — précisément parce que tu approches du monde du travail. L’idée n’est pas de « te vendre » ni de jouer un rôle : c’est de laisser une trace volontaire de ce que tu fais et de ce que tu aimes. Un compte où tu postes tes dessins, tes montages ou ton code ; un portfolio ; les projets d’une asso. Le jour où un recruteur d’alternance ou une école tape ton nom, il tombe sur quelque chose que TU as construit — et cette trace-là raconte exactement l’histoire que tu as choisie.

L’astuce d’Élio

Pense « vitrine » et « jardin ». Le jardin, c’est ta vie privée : réservée à ceux que tu invites. La vitrine, c’est ce que tu choisis d’exposer au public. Le problème n’est jamais d’avoir une vitrine — c’est d’y laisser traîner son jardin.

Quelques principes si tu te lances. Sépare les espaces : un compte public pour ta passion, un compte privé pour tes amis — deux publics, deux contenus. Choisis ton niveau d’exposition : vrai nom (utile pour être trouvé, un portfolio par exemple) ou pseudonyme (parfait pour progresser tranquille) ; tu pourras toujours relier ton pseudo à ton nom plus tard, l’inverse est bien plus dur. Montre le travail, pas ta vie : ce qui intéresse une école ou un employeur, c’est tes projets et tes progrès. Vise la régularité douce : un contenu par mois pendant un an impressionne plus qu’une rafale suivie de deux ans de silence.

À ton âge, un outil mérite d’être connu : les réseaux professionnels comme LinkedIn, ouverts dès 16 ans, utiles pour chercher un stage ou une alternance et présenter un parcours à jour. Rien ne presse — mais un profil sobre et vrai vaut mille fois mieux qu’un profil gonflé. Relis de temps en temps ton espace public en te demandant : « qu’est-ce que ça raconte de moi à quelqu’un qui ne me connaît pas ? » Si la réponse te plaît, tu tiens le bon fil.

Exemple — Rayan, un dépôt de code et un dossier qui sort du lot

Rayan, 17 ans, bricole des petits sites depuis la seconde. Il ouvre un dépôt public où il range ses projets — sous pseudo au début, puis sous son vrai nom quand il vise l’alternance. Rien de sa vie perso : uniquement du code, des essais, des versions ratées assumées.

Pour ses candidatures en BTS en alternance, il glisse le lien dans son dossier. En entretien, le maître d’apprentissage lui dit qu’il a « regardé le dépôt, et que voir deux ans de progression compte plus qu’une ligne sur un CV ». Rayan n’a jamais « fait sa promo » : il a laissé une trace volontaire, au rythme qui était le sien. C’est toute la différence entre subir son image et la construire.

Quiz

Qu’est-ce qu’une présence en ligne « qui joue pour toi », au sens de ce cours ?

À toi de jouer — Ton inventaire, puis une décision

Prends dix minutes et réponds par écrit à trois questions. 1) Qu’est-ce que je fais dont je suis un peu fier (création, projet, sport, asso, code…) ? 2) Est-ce que j’aurais envie d’en garder une trace publique — oui, non, plus tard ? 3) Si oui, sous quelle forme minimale (un compte dédié, un portfolio, une page) ? Puis fais UNE action : crée l’espace… ou décide en conscience de ne pas le faire. Les deux sont des victoires.

Si ça dérape : ton plan d’action

Dernier chapitre, peut-être le plus important : que faire si, malgré tout, ça dérape ? Une photo qui circule sans ton accord, un montage IA, une rumeur qui enfle, un compte qui te vise. À imprimer avant toute technique : ce n’est pas ta faute. Même si l’image vient de toi, même si tu l’avais confiée à quelqu’un en qui tu avais confiance : la faute est chez celui qui diffuse, pas chez celui qui subit. La honte doit changer de camp — et pendant ce temps, toi, tu appliques un plan.

Ce plan tient en cinq gestes, dans l’ordre. Il est fait pour être suivi même (surtout) quand la panique monte : c’est exactement dans ces moments-là qu’un plan écrit à froid vaut de l’or.

Figure

Un contenu circule sur toi : les cinq gestes, dans l’ordre

  1. Ne réponds pas à chaud : une réaction publique peut relancer la diffusion
  2. Garde des preuves : captures d’écran avec les pseudos, les dates, les liens
  3. Bloque les comptes en cause et signale le contenu sur la plateforme
  4. Parle-en à un adulte de confiance et contacte le 3018 (gratuit, confidentiel)
  5. Si le contenu semble illicite : signalement PHAROS ; sinon, adulte, établissement ou police selon la situation

Comment lire : Suis ces étapes pour un contenu qui circule : d’abord préserver (ton calme, les preuves), ensuite couper (bloquer, signaler), puis chercher de l’aide. Mais si on te menace ou qu’on te fait chanter (extorsion), inverse l’ordre : alerte d’abord un adulte de confiance et appelle le 17 ou le 112 — PHAROS n’est pas un service d’urgence.

Deux maillons méritent un mot. Les preuves d’abord : avant de bloquer ou de faire supprimer quoi que ce soit, capture — l’écran, le pseudo, la date, l’URL si possible. C’est contre-intuitif (on veut que ça disparaisse tout de suite), mais les captures aident vraiment la plateforme, l’établissement et la police à agir plus vite ; elles ne sont pas un préalable obligatoire, tu peux être écouté, signaler ou porter plainte même sans preuve constituée. Capture, puis fais supprimer.

Ensuite, les relais. Le 3018 : le numéro national contre les violences numériques faites aux jeunes, gratuit et confidentiel, par téléphone, par tchat sur 3018.fr ou via son application ; au bout du fil, des professionnels dont les accords avec les plateformes permettent de faire retirer un contenu bien plus vite qu’un signalement ordinaire. PHAROS (internet-signalement.gouv.fr) : le portail officiel de la police pour signaler les contenus illégaux. Et si les faits sont graves — menaces, images intimes, harcèlement —, un dépôt de plainte est possible : majeur, tu peux le faire seul, et tes captures d’écran serviront exactement à ça. Enfin, si les auteurs sont des élèves, ton lycée a l’obligation d’agir, même pour des faits commis en ligne et hors les murs.

Élio te met en garde

Si quelqu’un te menace de diffuser une image de toi pour t’extorquer quelque chose — de l’argent, d’autres photos —, ne paie jamais, ne négocie jamais, et parles-en immédiatement : 3018, un adulte, la police. Ce chantage porte un nom, c’est un délit connu, et céder ne fait qu’entretenir le piège.

Exemple — Assia face au montage anonyme

Un dimanche soir, Assia, 17 ans, découvre qu’un compte anonyme a diffusé un montage d’elle avec une légende humiliante, déjà vu par la moitié de sa classe. Première impulsion : commenter pour se défendre, supplier qu’on supprime. Elle se retient — elle a lu quelque part que répondre relance la machine.

À la place, elle applique le plan. Captures du compte, du montage, des partages, avec les pseudos. Blocage, signalement — elle le fait elle-même, sans recruter ses amies pour signaler en masse. Lundi matin, elle montre tout à sa mère, puis à la CPE, captures à l’appui. Le soir, elle passe par le tchat du 3018 : on lui confirme ses droits, et le contenu est retiré dans les jours qui suivent grâce au signalement prioritaire. Ce qui a protégé Assia, ce n’est pas la chance : c’est d’avoir su, avant la crise, exactement quoi faire et dans quel ordre.

Quiz

Une image de toi circule sans ton accord. Quel est le bon premier réflexe technique ?

Ton plan d’action, à garder sous la main

  • Aujourd’hui — enregistre le 3018 dans tes contacts (tchat sur 3018.fr, application), gratuit et confidentiel.
  • Cette semaine — fais l’exercice « google-toi » (ch. 1) et l’audit des vingt minutes (ch. 2).
  • Un contenu à faire retirer ? — applique le chapitre 3 : demande à la plateforme, un mois, puis CNIL.
  • En continu — demande avant de poster quelqu’un, refuse de relayer ce qui blesse, propose la règle à tes proches.
  • Si ça dérape — les cinq gestes dans l’ordre : calme, preuves, blocage-signalement, adulte + 3018, PHAROS ou plainte.

À toi de jouer — Ta fiche réflexe (dix minutes, une bonne fois pour toutes)

Crée une note dans ton téléphone intitulée « Si ça dérape » et recopie les cinq gestes du plan avec les contacts : 3018 (téléphone, 3018.fr, application), internet-signalement.gouv.fr, cnil.fr, et le nom de ton adulte de confiance au lycée. Partage cette note à un ami : si un jour l’un de vous est visé, l’autre saura exactement quoi faire. Une crise se gère mille fois mieux avec un plan écrit à froid.

Élio te félicite

Tu sais maintenant voir ta trace, la régler, faire valoir tes droits, respecter ceux des autres, construire si tu le veux, et réagir si ça dérape. Ton image en ligne vient officiellement de changer de mains : elle est dans les tiennes. Prends-en soin — et n’oublie pas de vivre aussi hors écran.

Continue ton élan

Cours suivant : Travailler en groupe sans y laisser des plumes

Le passager clandestin, le chef autoproclamé, le « je croyais que tu t’en occupais »… Les travaux de groupe ratent toujours pour les mêmes raisons. Voici comment les éviter.