Tu as déjà une image en ligne
On commence par une phrase qui surprend : tu as déjà une image en ligne. Pas besoin d’avoir « fait » quoi que ce soit — elle s’est construite toute seule, avec tes publications, tes commentaires, tes pseudos, les photos où des potes t’ont identifié. Que tu l’aies décidé ou pas.
Et cette image, des gens la regardent. La famille qui cherche un baby-sitter et tape ton prénom avant de te confier ses enfants. Le maître de stage de 3e. Plus tard, un lycée, un patron de job d’été. Chercher un nom sur Internet prend dix secondes et ne coûte rien : beaucoup le font, sans te le dire.
Ce réflexe existe, mais ce n’est pas un blanc-seing : la loi limite ce qu’on peut légalement retenir contre toi, et une vieille bêtise en ligne ne devrait jamais servir de base à une décision — même si, dans les faits, ça arrive. Raison de plus pour garder la main sur ce qui est visible.
D’où le titre du cours : ton image, tu peux la subir — laisser les autres et les algorithmes décider — ou la construire — savoir ce qui existe, régler ce qui doit l’être, choisir ce que tu montres. C’est tout le programme.
Pour reprendre la main, il faut comprendre un truc bizarre avec Internet : la trace. Dans la vraie vie, une bêtise dite à la récré s’oublie. En ligne, elle s’enregistre. Chaque publication, chaque commentaire public peut être retrouvé des années plus tard par quelqu’un qui ne te connaît pas.
« Je supprimerai si besoin », tu penses peut-être. Le problème : dès qu’un contenu a été vu, il ne t’appartient plus vraiment. N’importe qui peut faire une capture d’écran en une seconde — même d’une story qui « disparaît » en 24 h. Elle peut être renvoyée dans un groupe que tu ne verras jamais. Supprimer l’original n’efface pas les copies. La règle numéro un du cours tient en une phrase : avant de poster, demande-toi si tu assumerais que n’importe qui le voie, n’importe quand.
Élio t’explique
Publier, c’est comme lancer une balle : tant qu’elle est dans ta main, tu décides. Une fois lancée, tu ne choisis plus où elle rebondit — ni qui la rattrape.
Figure
Ton contrôle sur un contenu, une fois qu’il est parti
- Courbe conceptuelle : Ton contrôle sur ce contenu en fonction de Diffusion du contenu dans le temps. Avant de poster : contrôle maximal. Partages et captures d’écran. Supprimer n’efface plus les copies.
Comment lire : Courbe de principe, pas une mesure réelle : avant de publier, tu contrôles tout. Chaque partage, chaque capture fait baisser ce contrôle — jusqu’au point où supprimer l’original ne change presque plus rien.
Exemple — Rayan et le baby-sitting
Rayan, 15 ans, propose du baby-sitting dans son quartier. Une voisine est intéressée : avant de lui confier sa fille, elle tape son prénom et son nom sur Internet — un réflexe normal quand on cherche quelqu’un de confiance. Premier résultat : un vieux compte public ouvert en 5e, où Rayan enchaînait les commentaires insultants sous des vidéos de foot, des « clashs » qu’il trouvait drôles à l’époque et avait complètement oubliés.
Rayan n’est pas méchant. Mais la voisine, elle, ne le connaît pas : elle ne voit que la trace, sans le contexte, sans l’âge qu’il avait — juste des insultes à côté de son nom. Elle ne rappelle pas. Le plus rageant ? Dix minutes un soir auraient suffi pour retrouver ce compte et le fermer. C’est justement l’exercice qui arrive.
Élio te met en garde
« Éphémère », en ligne, ça n’existe pas pour de vrai. Une story qui s’efface en 24 h peut vivre pour toujours dans la capture d’écran de quelqu’un. Poste tes stories en le sachant — sans parano, juste les yeux ouverts.
Quiz
Pourquoi supprimer une publication ne suffit pas toujours à la faire disparaître ?
À retenir
- Tu as déjà une image en ligne — et des familles, écoles ou maîtres de stage peuvent la consulter en dix secondes, même s’ils n’ont pas toujours le droit d’en tenir compte.
- Tout ce que tu postes ou commentes en public laisse une trace datée, retrouvable des années après.
- Capture d’écran = copie hors de ton contrôle, même pour un contenu « éphémère ».
- Le bouton « publier » est plus fort que le bouton « supprimer » : la vraie décision se prend avant.
À toi de jouer — Google-toi (avant que quelqu’un d’autre le fasse)
Ce soir, ouvre une fenêtre de navigation privée (pour t’approcher de ce qu’un inconnu déconnecté verrait, sans tes comptes connectés — les résultats varient un peu selon l’appareil ou le moment) et cherche : ton prénom + ton nom, tes pseudos habituels, ton nom + ta ville. Regarde aussi les images. Note trois choses : ce qui te plaît, ce qui te gêne, et les vieux comptes oubliés. Garde cette liste — les chapitres suivants te donnent les outils pour agir dessus.
Reprends la main sur tes réglages
Maintenant que tu sais ce qui traîne, passons aux commandes. Chaque réseau a un menu de confidentialité — et presque personne ne l’ouvre. C’est pourtant là que se joue la différence entre « je poste pour mes potes » et « je poste pour la Terre entière, moteurs de recherche compris ».
Les noms des menus changent d’une appli à l’autre, mais la logique est toujours la même : qui voit quoi ? Un compte public peut être vu par n’importe qui, sans même te suivre, et il ressort souvent dans les moteurs de recherche. Un compte privé n’est visible que par les personnes que tu as acceptées — c’est toi le videur à l’entrée (le pseudo, la photo de profil et parfois certains compteurs restent cependant souvent visibles de tous, même en privé). Aucun réglage n’est « le bon » pour tout le monde : un compte public se défend très bien si tu montres tes dessins ou ton équipe de basket. Ce qui n’est jamais une bonne idée, c’est de ne pas savoir ce que tes comptes racontent, ni à qui.
Les réglages à vérifier sur chaque compte
- Compte public ou privé ? Est-ce un choix, ou juste le réglage d’usine ?
- Qui voit tes stories : tout le monde, tes abonnés, ou une liste d’amis proches ?
- Qui peut te retrouver : ton profil sort-il quand on tape ton vrai nom ?
- Identifications (tags) : les photos où on te tague s’affichent-elles sans ton accord ?
- Géolocalisation : ta position est-elle partagée en direct (carte, stories) ?
- Qui peut t’écrire : messages ouverts à tous, ou seulement à tes contacts ?
L’astuce d’Élio
Un bon test, gratuit : demande à un pote qui ne te suit pas d’ouvrir ton profil depuis SON téléphone. Ce qu’il voit se rapproche de ce que verrait un inconnu — à condition qu’il ne te suive pas déjà, sinon la comparaison ne veut rien dire. Souvent, ça pique — et ça donne envie de régler.
Exemple — Inès et la carte qui en disait trop
Inès, 15 ans, ouvre Snap tous les jours. Un soir, une copine lui lâche : « Tu sais que je vois que t’es chez toi, là ? Et hier t’étais au gymnase jusqu’à 21 h. » Inès tombe des nues : quelques mois plus tôt, elle avait activé le partage de sa position sur la carte et choisi « Mes amis », sans jamais revenir vérifier qui figurait encore dans cette liste. Or dans ses contacts, il y a ses copines… mais aussi des gens ajoutés une fois en colo et jamais recroisés.
Cinq minutes dans les paramètres plus tard, elle coupe le partage de position. Rien de grave ne lui était arrivé — mais elle venait de comprendre un truc : un réglage activé puis oublié peut se retourner contre toi des mois plus tard.
Deuxième chantier : le tri. Tes réglages protègent ce que tu postes aujourd’hui, mais il reste le passé. Les vieux comptes d’abord : ce blog de 6e, ce compte de jeu au pseudo bizarre, ce profil créé pour un concours. Tant qu’ils existent, ils parlent en ton nom — supprime ceux qui ne servent plus (la procédure est dans les paramètres, parfois cachée, mais qui doit normalement être proposée — elle peut être plus difficile à trouver, voire inaccessible sans tes identifiants, sur un service abandonné depuis longtemps).
Ensuite, si ton compte est privé, regarde ta liste d’abonnés : un compte « privé » suivi par 400 personnes dont tu ne reconnais pas la moitié n’a de privé que le nom. Tu as le droit de retirer des abonnés et de bloquer sans te justifier. Ce n’est pas être méchant, c’est de l’hygiène : dans la vraie vie non plus, tu ne laisses pas des inconnus feuilleter tes albums photo.
Quiz
Quel est le meilleur premier réflexe pour reprendre la main sur un compte ?
À toi de jouer — L’audit des vingt minutes
Cette semaine, choisis tes deux applis les plus utilisées et passe dix minutes sur chacune : ouvre les paramètres de confidentialité et vérifie les réglages de la liste (public/privé, stories, recherche, tags, géolocalisation, messages). Pour chaque réglage, décide en conscience — public ou privé, les deux se défendent, mais ce sera TON choix. Bonus : supprime un vieux compte repéré au chapitre 1.
Élio te félicite
Vingt minutes d’audit, et tu rejoins le petit groupe de ceux qui savent ce que leurs comptes racontent. Beaucoup d’adultes ne l’ont jamais fait. Sérieux.
Tes droits : ton image, tes données
On passe à un truc que presque personne ne t’a expliqué : la loi est de ton côté. Ce qui se passe en ligne n’est pas une zone sans règles où chacun ferait ce qu’il veut de ta photo. Tu as des droits précis, gratuits, utilisables sans avocat.
Premier droit : le droit à l’image. En France, ton image t’appartient. Depuis la loi du 19 février 2024, le Code civil dit clairement que tes parents doivent protéger ensemble ton droit à l’image et t’associer aux décisions selon ton âge et ta maturité — ce n’est plus seulement « leur » accord qui compte, c’est aussi ta parole. Si on te reconnaît sur une photo ou une vidéo, la diffuser demande en principe un accord. Un camarade qui poste une photo de toi sans demander, un club qui met ta tête sur son site : tu peux en demander le retrait, et la loi t’appuie. Il y a des exceptions (une foule à un concert, l’actualité), mais le principe de base est simple : ton visage n’est pas un contenu libre de droits.
Deuxième droit : tes données personnelles. En Europe, un règlement les protège, le RGPD — retiens juste qu’il te donne trois pouvoirs : savoir ce qu’une plateforme sait de toi, faire corriger une info fausse, et faire effacer des données (le « droit à l’oubli »). Et bonne nouvelle : ce droit d’effacement est renforcé quand les données datent de tes années collège. Autrement dit, ce que tu as posté à 12 ans ne te colle pas à la peau pour toujours.
Élio t’explique
Le RGPD, vois-le comme un droit de retour sur ce que tu laisses en ligne : tu peux demander à voir tes données, à les corriger, à les effacer. Et pour tout ce qui date de tes années collège, ce bouton « efface » appuie encore plus fort.
Exemple — Maya fait retirer une photo en deux e-mails
Maya, 15 ans, se google (l’exercice du chapitre 1 !) et tombe sur une photo d’elle prise deux ans plus tôt à une compétition de natation, publiée sur le site de son ancien club, avec son nom complet en légende. Personne ne lui a jamais demandé son avis, et cette photo arrive en deuxième résultat quand on cherche son nom.
Elle en parle à son père, et ensemble ils écrivent au club : « Cette photo de Maya a été publiée sans autorisation. Elle est mineure. Merci de la retirer, ainsi que la mention de son nom, au titre de son droit à l’image et du RGPD. » Réponse du bénévole qui gère le site en trois jours : photo supprimée, excuses. Pas d’avocat, pas de dispute, pas un euro — juste un droit, exercé poliment mais fermement. Beaucoup de situations se règlent exactement comme ça.
Le mode d’emploi tient en trois étapes, parce qu’un droit qu’on ne sait pas utiliser ne sert à rien. 1. Tu écris au site ou à la plateforme (la plupart ont un formulaire « confidentialité » ou « signaler »), tu demandes le retrait et tu précises que tu es mineur — ils savent que le droit est renforcé pour toi. 2. Le site a en principe un mois pour répondre. 3. Sans réponse ou en cas de refus, tu peux déposer une plainte gratuite en ligne auprès de la CNIL (cnil.fr), l’organisme français qui fait respecter ces règles — un parent peut t’aider à la remplir.
Il existe aussi le déréférencement : demander à un moteur de recherche, via son formulaire, de ne plus afficher un résultat lié à ton nom. La demande peut être refusée, après mise en balance de ta vie privée et du droit à l’information — en cas de refus, tu peux saisir la CNIL. Si elle est acceptée, la page existe toujours quelque part, mais elle ne remonte plus quand on te cherche — souvent, c’est ça le plus important.
Quiz
Un site refuse de retirer une photo de toi publiée quand tu avais 13 ans. Que peux-tu faire ?
Tes droits en résumé
- Droit à l’image : tes parents doivent protéger ensemble ce droit et t’associer aux décisions selon ton âge et ta maturité — diffuser une photo où on te reconnaît demande en principe ton accord.
- RGPD : tu peux faire voir, corriger et effacer tes données — effacement renforcé pour ce qui date de tes années collège.
- Mode d’emploi : demande au site → réponse en principe sous un mois → plainte gratuite à la CNIL si besoin.
- Déréférencement : un formulaire pour qu’un résultat ne sorte plus quand on cherche ton nom.
Publier sur les autres : demande d’abord
Jusqu’ici, on a parlé de TON image. Retournons la caméra : les autres aussi ont une image. Chaque fois que tu postes une photo de groupe, une vidéo du vestiaire ou une capture d’une conversation, tu publies sur quelqu’un. Tout ce que tu viens d’apprendre — droit à l’image, accord, retrait — vaut aussi dans ce sens-là. Ton meilleur pote a exactement les mêmes droits que toi sur son visage.
La règle est toute simple : demande avant de poster. « Je peux te mettre en story ? » — cinq secondes, et tout change. La personne peut dire oui, non, ou « oui mais pas celle-là ». Ce n’est pas de la paperasse, c’est du respect : c’est ce qui sépare une photo partagée d’une photo volée. Le tag, c’est pareil : identifier quelqu’un le rend visible à tout ton réseau, avec son nom — sur une photo moqueuse, ce n’est pas un cadeau.
Élio te met en garde
La photo « trop drôle » de quelqu’un d’autre, c’est le contenu le plus piégeux qui existe : drôle pour tout le monde… sauf pour la personne dessus. Si on rit contre elle et sans elle, ce n’est plus une blague, c’est une humiliation avec public.
Exemple — Théo, la vidéo du gymnase et les captures
En EPS, Sofiane rate son saut et s’étale sur le tapis. Théo, 14 ans, filme et poste la vidéo le soir même dans le groupe de la classe, avec des emojis morts de rire. En quelques heures, la vidéo sort du groupe : quelqu’un la transfère à d’autres classes, un autre la reposte en story avec une légende moqueuse. Le lendemain, des élèves que Sofiane ne connaît même pas l’imitent dans la cour.
Théo, sincèrement désolé, supprime la vidéo. Trop tard : elle ne lui appartient plus, des copies circulent, il ne saura jamais combien. Sofiane, lui, n’a rien posté, rien choisi — et c’est pourtant lui qui encaisse. Tout ça pour dix secondes de rire. La question que Théo ne s’est pas posée tient en quatre mots : « Et si c’était moi ? »
Un point que trop de monde ignore, et qui change tout : relayer, c’est publier. Tu n’as pas pris la photo ? Tu n’as pas lancé la rumeur ? Peu importe : si tu transfères, repostes ou repartages un contenu qui blesse quelqu’un, tu participes à sa diffusion, et tu es responsable — au collège comme devant la loi. « J’ai juste partagé » n’est pas une excuse : c’est justement le partage qui transforme une bêtise en harcèlement de masse.
La loi est particulièrement sévère sur un cas : diffuser une image intime de quelqu’un sans son accord. C’est un délit puni par la loi, et transférer l’image « juste à un pote » compte comme la poster en public. Si une image pareille arrive dans une de tes conversations, la seule bonne réaction tient en trois gestes : ne pas la partager, dire à celui qui l’envoie que c’est grave, et prévenir la personne concernée ou un adulte. Le silence protège celui qui diffuse ; ta réaction protège la victime.
Quiz
On t’envoie une photo gênante d’un élève de ta classe et tu la transfères à un seul ami. Qui a « diffusé » la photo ?
À toi de jouer — La question qui change tout
Cette semaine, avant chaque publication où quelqu’un d’autre apparaît (photo, vidéo, tag, capture de conversation), pose la question, à voix haute ou par message : « Ça te va si je poste ça ? » Compte combien de fois la réponse te surprend — un « non » ou un « pas celle-là » là où tu attendais un oui. Puis demande à tes trois potes les plus proches de te poser la même question. Tu viens de créer une règle de groupe.
L’astuce d’Élio
Le test des quatre mots, avant de poster sur quelqu’un : « Et si c’était moi ? » Si la réponse te pique un peu, tu as déjà ta réponse.
Si ça dérape : ton plan d’action
Dernier chapitre, peut-être le plus important : que faire si, malgré tout, ça dérape ? Une photo qui circule sans ton accord, une rumeur qui enfle, un compte qui se moque de toi… Première chose à graver, avant toute technique : ce n’est pas ta faute. Même si la photo vient de toi, même si tu l’avais envoyée à quelqu’un en qui tu avais confiance : la faute est chez celui qui diffuse, pas chez celui qui subit. La honte doit changer de camp — et pendant ce temps, toi, tu appliques un plan.
Ce plan tient en cinq gestes, dans l’ordre. Il est fait pour être suivi même (surtout) quand la panique monte : c’est exactement là qu’un plan appris à froid vaut de l’or.
Figure
Un contenu circule sur toi : les cinq gestes, dans l’ordre
- Ne réponds pas à chaud : une réaction publique peut relancer la diffusion.
- Garde des preuves : des captures d’écran avec les pseudos, les dates, les liens.
- Bloque les comptes en cause et signale le contenu sur la plateforme.
- Parle-en à un adulte de confiance et contacte le 3018 (gratuit, confidentiel).
- Si le contenu semble illicite : signalement PHAROS ; sinon, adulte, établissement ou police selon la situation.
Comment lire : Suis ces étapes pour un contenu qui circule : d’abord préserver (ton calme, les preuves), ensuite couper (bloquer, signaler), puis chercher de l’aide. Mais si on te menace ou qu’on te fait chanter (extorsion), inverse l’ordre : alerte d’abord un adulte de confiance et appelle le 17 ou le 112 — PHAROS n’est pas un service d’urgence.
Détaillons les maillons clés. Les preuves d’abord : avant de bloquer ou de faire supprimer, capture. L’écran, le pseudo, la date, le lien. Ça semble bizarre — on voudrait que ça disparaisse tout de suite — mais les captures aident vraiment la plateforme, le collège et la police à agir plus vite ; elles ne sont pas un préalable obligatoire, tu peux être écouté, signaler ou porter plainte même sans preuve constituée. Capture, PUIS fais supprimer.
Le signalement ensuite : chaque réseau a un bouton « signaler » sur les posts, les comptes et les messages. Utilise-le toi-même : chez les grandes plateformes, le nombre de signalements ne détermine pas le retrait d’un contenu — inutile de mobiliser tes potes, garde plutôt tes preuves et parles-en à un adulte. Le 3018, enfin : retiens ce numéro comme le 15 ou le 17. C’est le numéro national contre les violences numériques faites aux jeunes, gratuit et confidentiel (par téléphone, par tchat sur 3018.fr et via l’appli 3018 ; horaires et moyens de contact sur le site). Au bout du fil, des professionnels qui écoutent sans juger — et qui, grâce à leurs accords avec les plateformes, font retirer des contenus bien plus vite qu’un signalement classique. Pour les contenus illégaux, il y a aussi PHAROS (internet-signalement.gouv.fr), le portail officiel de la police.
Un mot sur le collège : si les auteurs sont des élèves, ton établissement a l’obligation d’agir, même quand tout s’est passé en ligne et en dehors des murs. CPE, prof principal, infirmière : choisis l’adulte avec qui ça passe le mieux, et viens avec tes captures.
Élio te met en garde
Si quelqu’un te menace de diffuser une image de toi pour obtenir quelque chose — de l’argent, d’autres photos —, ne paie jamais, ne négocie jamais, et parles-en tout de suite : 3018, un adulte, la police. Ce chantage est un délit connu, et tu n’es pas seul face à ça.
Exemple — Jade face à la rumeur
Un dimanche soir, Jade, 15 ans, découvre qu’un compte anonyme a publié une photo d’elle détournée avec une légende humiliante, et que la moitié de sa classe l’a déjà vue. Première impulsion : commenter pour se défendre, supplier qu’on supprime. Elle se retient — elle a retenu que répondre relance la machine.
À la place, elle applique le plan. Captures d’écran du compte, de la photo, des partages, avec les pseudos. Blocage, signalement — elle le fait elle-même, sans recruter ses copines pour signaler en masse. Lundi matin, elle montre tout à sa mère, puis à la CPE, captures à l’appui. Le soir, elle passe par le tchat du 3018 : on lui confirme ses droits, et le contenu est retiré dans les jours qui suivent. Ce qui a protégé Jade, ce n’est pas la chance : c’est d’avoir su, avant la crise, exactement quoi faire et dans quel ordre.
Quiz
Une photo de toi circule sans ton accord. Quel est le bon premier réflexe technique ?
Ton plan d’action, à lancer cette semaine
- Aujourd’hui — Enregistre le 3018 dans tes contacts (tchat et infos sur 3018.fr).
- Cette semaine — Fais l’exercice du chapitre 1 (te googler) et l’audit des vingt minutes du chapitre 2.
- Un contenu à faire retirer ? — Applique le chapitre 3 : demande au site, un mois, puis CNIL si besoin.
- En continu — Demande avant de poster quelqu’un, refuse de relayer ce qui blesse, propose la règle à tes potes.
- Si tu en as envie — Prépare d’abord une maquette privée pour ta passion (dessin, sport, montage) : brouillon, pseudo, quelques publications imaginées. Vérifie l’âge minimum du service et l’absence d’établissement, de ville précise ou de contact personnel, puis montre ce brouillon à un adulte de confiance avant de le rendre public. Rien ne t’y oblige, et ne rien montrer est un choix tout aussi valable.
- Si ça dérape — Les cinq gestes dans l’ordre : calme, preuves, blocage-signalement, adulte + 3018, PHAROS/plainte.
À toi de jouer — Ta fiche réflexe (dix minutes, une bonne fois pour toutes)
Crée une note dans ton téléphone intitulée « Si ça dérape » et recopie les cinq gestes avec les contacts : 3018 (tchat sur 3018.fr, appli 3018), internet-signalement.gouv.fr, cnil.fr, et le nom de ton adulte de confiance au collège. Partage cette note à un ami : si un jour l’un de vous est visé, l’autre saura exactement quoi faire. Une crise se gère mille fois mieux avec un plan écrit à froid.
Élio te félicite
Tu sais maintenant voir ta trace, régler tes comptes, faire valoir tes droits, respecter ceux des autres et réagir si ça dérape. Ton image en ligne vient officiellement de changer de mains : elle est dans les tiennes. Prends-en soin — et n’oublie pas de vivre aussi loin des écrans.
Continue ton élan
Cours suivant : Travailler en groupe sans y laisser des plumes
Le passager clandestin, le chef autoproclamé, le « je croyais que tu t’en occupais »… Les travaux de groupe ratent toujours pour les mêmes raisons. Voici comment les éviter.